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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/583

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ne sont-ils point là ? demandent nos matelots. Nous allons être tués en passant près d’eux. — Non, ils sont partis depuis deux jours. » Nous virons de bord ; mais où aller ? Ma première pensée fut de nous diriger vers la Chine : le temps était beau, le vent favorable, et nous serions arrivés à Tché-fou avant le départ du contre-amiral. Mais la proposition fit frémir tout le monde ; l’embarcation était si petite, et les pièces qui la composaient si mal jointes ! Je n’osai insister, et il fut décidé que nous irions dans quelque chrétienté du voisinage chercher des nouvelles. Nous pensions, M. Calais et moi, que les Français n’avaient fait qu’une simple reconnaissance, et que le contre-amiral ne tarderait pas à venir lui-même. Nous le désirions d’autant plus, que nous regardions comme un devoir de lui faire connaître le désastre de Pieng-an, afin qu’il pût en prévenir le retour.

« Dès que nous fûmes à terre, je fis appeler secrètement un de nos chrétiens. Il nous donna les nouvelles suivantes. Les satellites venaient d’arriver pour se saisir d’un chrétien. Quant à la reconnaissance faite par la croisière, le peuple n’en était pas effrayé ; il désirait même l’arrivée des Français. Ce qu’il redoutait, c’était son propre gouvernement, c’étaient les bandes qui allaient s’organiser sous prétexte de défendre le territoire national. De fait, la terreur était grande à Séoul. Pendant les quelques jours que les canonnières françaises avaient été dans la rivière, il n’était entré à la capitale ni une charge de riz, ni une charge de bois ; huit jours de plus, et la population serait morte de faim. Tout le monde fuyait ; on assurait que sept mille maisons avaient été évacuées. Le gouvernement coréen ayant rassemblé une grande quantité de jonques pour former une armée navale, un boulet, lancé par une canonnière française, avait suffi pour détruire deux de ces jonques et mettre les autres en fuite. L’artillerie coréenne essaya bien de riposter ; mais ses projectiles n’arrivaient pas à moitié chemin. Tel est l’ensemble des renseignements que nous recueillîmes.

« Nous étions au 11 ou 12 octobre, notre position devenait de plus en plus critique, nous n’avions pas d’autre ressource que de prendre le chemin de la Chine. Ce jour-là même, le contre-amiral Roze partait de Tche-fou pour la Corée. Un vent contraire, qui nous rejeta vers le nord, nous empêcha de le rencontrer. Deux jours et deux nuits, nous longeâmes la côte jusqu’à la hauteur du Chan-tong ; mais notre embarcation était si frêle, il y avait tant d’imprudence à la pousser en pleine mer, que nous fûmes heureux de rencontrer les barques chinoises qui font la