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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/579

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mêlé aux démarches faites auprès de lui par certains chrétiens à l’occasion de la tentative des Russes, eut la malencontreuse idée de lui écrire de nouveau. Il exposait que les navires en question n’étaient point ceux qui devaient venir faire la guerre à la Corée, que les vaisseaux français ne tarderaient pas à se montrer, et que le meilleur plan était de traiter avec la France, d’abord parce que c’était une nation puissante, ensuite parce que sa religion était vraie et utile à la prospérité des États. Comme on le pense bien, il fut, à cause de cette lettre, immédiatement arrêté.

Thomas appartenait à une famille distinguée par sa noblesse. Plusieurs de ses parents païens occupaient des postes élevés dans la magistrature. Sa mère et son frère aîné avaient subi le martyre dans la persécution de 1839 ; un autre de ses frères était mort en prison pour la foi, à la même époque. Thomas, dans sa jeunesse, avait été un an au service de Mgr Daveluy ; puis, entraîné par l’ambition et l’amour des plaisirs, il avait abandonné à peu près entièrement ses pratiques religieuses. On dit qu’au commencement de 1866 il se convertit, et quelques chrétiens ont affirmé l’avoir vu réciter ses prières, et l’avoir souvent entendu répéter : « Je regrette vivement ma mauvaise conduite ; je ne désespère pas de me sauver, mais pour cela il me faudrait le martyre qui purifie toutes les souillures. » Néanmoins, on ne voit pas qu’il ait alors reçu les sacrements, ce qui lui était cependant facile avant l’arrestation de Mgr Berneux. Devant les juges il confessa courageusement qu’il était chrétien, et subit, à diverses reprises, les plus cruelles tortures avec une fermeté qui étonnait les bourreaux. Il fut conduit au supplice à Sai-nam-to, avec Paul Kim, et un autre chrétien nommé Ni. En chemin et sur le lieu même de l’exécution, il ne cessa d’exhorter ses compagnons à accepter joyeusement la mort. C’était le 8 ou le 10 septembre.

On n’a aucun renseignement précis sur Ni ; tout ce qu’on sait de lui, c’est qu’il était domestique du régent. Quant à Paul Kim, il appartenait à une famille de la plus haute noblesse, et s’était toujours distingué par sa foi et sa ferveur. Depuis six ans il était paralysé de la moitié du corps, et avait perdu l’usage de la parole ; il fallait le soigner comme un enfant. Mgr Berneux a souvent fait l’éloge de la patience héroïque avec laquelle Paul supporta cette terrible épreuve. Au commencement de la persécution, il habitait la maison du mandarin Jean Nam qu’il avait achetée peu de temps auparavant, et après l’arrestation de Jean, il prévit ce qui allait arriver et se hâta de la vendre secrètement. Quelques