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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/568

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« Au dernier interrogatoire, le gouverneur lui fit appliquer la torture. Huit bourreaux (quatre de chaque côté) le frappaient sans relâche ; ils ne s’interrompaient que pour laisser au mandarin le temps de lui adresser cette question : « Es-tu encore chrétien ? — Oui, » répondait le martyr. Et on ne l’entendit même pas pousser un gémissement. Le supplice recommença à trois reprises différentes : c’était toujours la même réponse, bien que plus d’une fois on fût obligé de le délier pour le faire revenir à lui, car la violence des coups lui faisait perdre connaissance. Ajoutons que, la nuit précédente, les satellites l’avaient déjà torturé en lui ramenant la tête jusque sur les pieds passés dans des ceps, tandis qu’il avait les bras étendus en croix. Ce supplice était si douloureux que le patient demanda qu’on le fît cesser ; les satellites refusèrent à moins qu’il ne renonçât à se déclarer chrétien. Hyacinthe Hong fut étranglé le lundi saint, 26 mars. Son fils, qui avait pris la fuite, a mieux aimé vivre dans l’indigence que de s’exposer au danger de l’apostasie en réclamant ses biens confisqués.

« Thomas Song, dit Tcha-sien-i, de Keu-to-ri, âgé de vingt-huit ans, était fidèle à ses devoirs, mais d’un caractère assez peu énergique, et ne présageant pas l’héroïsme dont il fit preuve dans la confession de sa foi. Je ne sais pas au juste le jour de son arrestation ; elle eut lieu de la manière suivante. Quatre ou cinq jours après l’arrestation de Mgr Daveluy, les satellites de Tek-san avaient pillé les maisons de quelques chrétiens du village de Keu-to-ri. Le mandarin ayant promis de faire restituer les objets volés, Thomas reçut commission de les réclamer. Mais, au lieu de tenir sa promesse, le mandarin l’interrogea sur la religion. Thomas la confessa hardiment, et fut jeté en prison. Là, les satellites le maltraitèrent de telle sorte que, lorsqu’on l’envoya au gouverneur de Kong-tsiou, ils furent obligés de le porter. Chaque jour ils le dépouillaient de ses vêtements, le garrottaient, et le frappaient à coups de bâton. Une fois, l’ayant suspendu par les pieds, ces misérables lui couvrirent le visage d’ordures. En recevant cet ignoble outrage, Thomas dit simplement : « C’est bien ! — Pourquoi ? » demandèrent les bourreaux. — « Parce que c’est bien pour un pécheur, qui a fait couler le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ. J’avais soif ; ce que vous me faites, c’est pour expier le fiel et le vinaigre que lui ont fait boire mes péchés. » Une autre fois, on le laissa suspendu si longtemps, que ses compagnons de captivité, émus de compassion, le délièrent, au risque d’être eux-mêmes battus. On voulait frictionner