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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/567

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confesseur un coup de bâton qui fit jaillir le sang. Paul se contenta de dire : « Lorsqu’on voudra me tuer, qu’on me tue ; mais, en attendant, pourquoi me frapper sans l’ordre du mandarin ? » Cette observation lui attira de nouveaux coups et de nouvelles injures. Cependant le mandarin, qui ne voulait pas faire mourir les trois prisonniers, mit tout en œuvre pour leur arracher un acte d’apostasie. Un de ses secrétaires, envoyé dans ce but, demanda à Paul ce que signifiaient les mots : Jésus, Marie, qu’il prononçait au milieu des tourments. « C’est, » répondit-il, « notre manière d’invoquer le secours de Dieu. « Les deux autres prisonniers eurent le malheur de faiblir ; on les relâcha. Paul Pan-tsi fut étranglé le lundi ou le mardi de la semaine sainte (26 ou 27 mars), à l’âge de plus de cinquante ans. Son corps, recueilli par les chrétiens, a été inhumé dans un terrain appartenant à sa famille.

« Hyacinthe Hong demeurait à Nong-tsiou, canton de Tsik-san. Il était aveugle depuis cinq ans et sexagénaire. Le 15 mars 1866, les satellites entrèrent dans sa maison. Ses premières paroles furent : « Je suis chrétien. — Mais comment as-tu pu apprendre la religion puisque tu es aveugle ; qui t’a instruit ? — J’ai sucé l’instruction chrétienne avec le lait de ma mère ; c’est sur ses genoux que j’ai appris la vraie doctrine. D’ailleurs, il n’y a que cinq ans que mes yeux se sont obscurcis. — Si tu n’apostasies, nous allons te lier, et on te tuera. — Je ne puis renier mon Dieu, et il y a longtemps que je désire donner ma vie pour lui. » On le conduisit à Tsik-san, où il se déclara chrétien, et refusa d’apostasier. Barbe Ioun, son compagnon de captivité, raconte qu’on ne mit Hyacinthe à la torture qu’une seule fois, mais avec une barbarie atroce. Après l’avoir dépouillé de ses vêtements, lié par les pieds, les mains et les cheveux, les bourreaux le frappèrent avec une extrême violence ; puis, il fut remis en prison, chargé d’une lourde cangue, et resta sept jours dans cet état. Le mandarin lui faisait servir à manger ; mais, comme il y avait dans la prison une quinzaine de chrétiens, hommes, femmes et enfants, auxquels on n’accordait pas la même faveur et qui mouraient de faim, Hyacinthe leur distribuait presque tout ce qui lui était apporté. Désespérant de vaincre sa fermeté, le mandarin de Tsik-san l’envoya à Kong-tsiou, au gouverneur de la province. Le dernier jour du voyage, les satellites, sous prétexte que l’argent leur manquait, le laissèrent sans nourriture ; et, durant les cinq jours suivants, c’est-à-dire jusqu’à sa mort, on ne lui donna pas même une goutte d’eau.