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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/566

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CHAPITRE III.

Martyrs des provinces. — Les trois missionnaires survivants. — Expédition française en Corée. — Lettre du Souverain Pontife aux Coréens.


La persécution de 1866 avait, dès les premiers jours, sévi avec une rigueur et une rapidité sans exemple. Le 15 février, la plupart des missionnaires de Corée comptaient encore sur la liberté religieuse ; à la fin de mars, la chrétienté écrasée sous une succession de désastres inouïs, était noyée dans le sang de ses pasteurs et de ses principaux fidèles. La rage des suppôts de l’enfer s’était déchaînée, non-seulement à la capitale, mais dans tout le pays. Nous avons raconté la mort des chrétiens qui suivirent les missionnaires au martyre. Voici quelques détails sur cinq de ceux qui, dans les provinces, à la même époque, imitèrent leur constance et partagèrent leur triomphe.

« Je vous envoie, écrivait M. Féron, le 25 septembre 1866, les notes suivantes, malheureusement incomplètes, sur quelques-uns de nos martyrs.

« Paul O Pan-tsi, baptisé en 1857 ou 1858, était de famille noble, mais vivait dans une grande pauvreté à Ki-tsiang-kol, canton de Tsin-tsien. Né dans l’opulence, ne songeant ni à s’instruire, ni à travailler, il avait eu une jeunesse oisive et dissipée, et le défaut de conduite l’avait réduit à la misère. Depuis sa conversion, il supportait la pauvreté avec une résignation chrétienne, et remplissait ses devoirs avec beaucoup d’exactitude. Arrêté le 10 ou 11 mars 1866, par les satellites de Tsiong-tsiou, il fut amené à la prison de cette ville, avec un jeune homme du même village. Il avait déjà subi un interrogatoire et souffert le supplice du tsioul ou ploiement des os des jambes, lorsqu’il vit arriver à la prison Paul Pai de qui je tiens les détails suivants. Ils furent interrogés ensemble. Paul O Pan-tsi parla peu, se déclara chrétien, refusa de dénoncer personne, et ne répondit que par des dénégations aux questions concernant les missionnaires. La torture ne lui arracha que quelques soupirs ; elle fut abrégée, parce que ce jour-là le roi offrait des sacrifices. Dans le trajet du prétoire à la prison, un des bourreaux asséna sur la tête du