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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/560

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propre, puis, pour leur venir plus efficacement en aide, il essaya, sans autre capital que la confiance des chrétiens, diverses spéculations malheureuses, et ne réussit qu’à ruiner ses bailleurs de fonds. Les missionnaires craignant que les rapports qu’ils avaient eus avec lui ne lui donnassent un certain crédit, et ne fussent un piège pour ceux auxquels il empruntait de l’argent, lui fermèrent leur porte. Cette espèce d’ostracisme dura dix ans. En 1858, M. Féron décida Luc à renoncer à toutes ses entreprises, et le prit avec lui comme professeur de chinois. Après quoi, il fut successivement catéchiste de M. Joanno et de Mgr Berneux, et enfin attaché à Mgr Daveluy pour l’aider à la composition et à la correction des livres. Il vivait avec la plus grande frugalité, et tout ce qu’il recevait, soit des missionnaires, soit des chrétiens, était employé à payer ses dettes ; aussi, avait-il recouvré la confiance de tous, et ses créanciers eux-mêmes avaient pour lui beaucoup de respect et d’affection. Il ne voulut point se séparer de Mgr Daveluy, et le suivit en effet jusqu’à la mort. Il avait alors cinquante-deux ans.

Les satellites restèrent deux jours à Keu-to-ri, avant de reprendre le chemin de la capitale. Ils se montrèrent honnêtes et prévenants envers leurs prisonniers, et semblèrent écouter avec plaisir les exhortations qui à plusieurs reprises leur furent adressées. Mgr Daveluy, satisfait de leur façon d’agir, leur distribua quelques centaines de sapèques qu’il avait à la maison. Là-dessus, deux ou trois de ceux qui avaient assisté à l’arrestation de Mgr Berneux, et avaient vu les valeurs assez considérables que le régent avait fait enlever, demandèrent à Mgr Daveluy où étaient ses propres richesses. « Tout ce que j’avais, » répondit le prélat, « a été brûlé, il y a quelques mois seulement, à Panga-sa-kol, lorsque ma maison a été incendiée. — C’est vrai, » dirent quelques autres satellites, « nous avons appris que la maison de l’évêque a été brûlée avec tous les livres et objets qu’elle contenait. » Et comme les premiers murmuraient : « Taisez-vous, » leur cria un des chefs, « vous devriez savoir qu’un évêque des chrétiens ne peut pas mentir. » Au moment de partir, les satellites de la capitale qui étaient venus faire l’arrestation à Keu-to-ri, avaient promis une lettre en forme de sauf-conduit aux habitants de ce village, pour les protéger contre d’autres bandes ; mais ils partirent sans l’avoir écrite, chargeant de ce soin les satellites de Kong-tsiou qui n’en firent rien non plus. Aussi ce malheureux village, l’une des plus importantes chrétientés de la Corée, a-t-il été ensuite traité comme une ville prise d’assaut, et entièrement ruiné.