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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/550

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M. Pourthié, provicaire de la mission de Corée, passa au séminaire les dix années de son apostolat. Le ministère actif avait pour lui de grands attraits, mais il n’hésita pas une minute, sur le désir de son évêque, à sacrifier ses goûts personnels pour se dévouer tout entier à l’œuvre si difficile de la formation du clergé indigène. Il avait en outre la charge de trois ou quatre cents chrétiens établis dans le voisinage du séminaire, et grâce à son zèle, cette petite chrétienté était une des plus édifiantes de tout le pays. Il aimait les sciences naturelles, et leur consacrait ses instants de récréation. Il avait recueilli sur la botanique, la géologie, et la zoologie de la Corée, des notes qui auraient rendu de vrais services à la science. Tous ces travaux sont perdus, mais la perte la plus regrettable est celle de ses études sur la langue coréenne, car il venait de terminer une grammaire assez étendue et un dictionnaire latin-coréen-chinois, fruit de dix ans de recherches et d’études continuelles. Ce que les confrères aimaient et admiraient le plus dans M. Pourthié, c’était son abnégation et son humilité. Malgré son litre de provicaire, il se regardait sincèrement comme le dernier des missionnaires, et se traitait toujours comme tel, sans la moindre affectation de fausse modestie.

M. Petitnicolas avait contracté dans l’Inde des infirmités qui l’ont cruellement tourmenté le reste de sa vie. Mais l’énergie de la volonté suppléait chez lui aux forces corporelles. La langue coréenne, si difficile pour tout le monde, ne parut pas l’être pour lui, et, grâce sans doute à l’étude qu’il avait faite des langues de l’Inde, il fut, de l’aveu de ses confrères, celui de tous qui la saisit le mieux et le plus facilement. Il se distinguait surtout par une grande sagacité dans l’administration, et par le tact étonnant avec lequel il débrouillait les difficultés. Son zèle était infatigable ; les courses pénibles à travers les montagnes couvertes de neige, la prédication, l’enseignement du catéchisme, la confession des chrétiens, c’était là son élément. Il avait une certaine connaissance de la médecine, et un grand nombre de chrétiens, traités par lui, ont dû la vie aux remèdes qu’il leur avait donnés. Dans les dernières années, les maux de tête, qui l’avaient rendu complètement chauve dès l’âge de trente ans, augmentèrent à ce point qu’il avait souvent des accès de délire qui ressemblaient à la folie. L’administration des chrétiens lui étant devenue presque impossible, Mgr Berneux l’envoya aider M. Pourthié dans le soin du séminaire, et dans ses travaux de linguistique. Ils demeurèrent ensemble près de cinq ans, occupés à la même œuvre,