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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/533

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tous les évêques et prêtres européens, et la mise en vigueur des anciennes lois du royaume contre les chrétiens.

Mgr Berneux attendait tranquillement qu’il plût au régent de rappeler, lorsque, le 14 lévrier, des satellites se présentèrent chez lui, à deux reprises différentes, sous prétexte de percevoir une contribution pour le grand palais que le régent faisait bâtir. Cette double visite inspira des craintes à Thomas Hong ; il chercha, mais sans pouvoir réussir à la trouver, quelque cachette où l’on pût déposer les valeurs et les objets les plus précieux appartenant à la mission. L’évêque refusa de se choisir une retraite plus sûre. « C’est moi que l’on cherche, » dit-il ; « si je me cache, on fera des perquisitions partout, et il en résultera une persécution générale. » Dans la nuit du 22 au 23 février, les satellites revinrent encore et, à l’aide d’une échelle, montèrent sur le mur et examinèrent toutes les dispositions intérieures de la maison. Cette échelle leur avait été fournie par le domestique de Mgr Berneux, le traître Ni Son-i, qui, non content de livrer son maître, dénonça encore les autres missionnaires dont il connaissait la résidence. À quatre heures du soir, le 23 février, la maison fut tout à coup envahie par une troupe nombreuse de satellites, qui, courant droit à la chambre de l’évêque, le saisirent et le garrottèrent avec des cordes. Puis, voyant qu’il ne songeait nullement à faire résistance, ils le délièrent presque aussitôt, et le conduisirent au tribunal, entre deux soldats qui tenaient chacun une manche de son habit. Six chrétiens qui demeuraient dans la maison, furent arrêtés en même temps ; au milieu du tumulte, deux ou trois autres parvinrent à s’échapper. Avant de suivre les satellites, Mgr Berneux déclara au chef de la troupe qu’il le rendait responsable devant le régent de l’argent qui se trouvait chez lui. Il y avait en effet une somme assez considérable, car, outre les économies que l’on faisait depuis quelque temps pour bâtir des chapelles, des écoles, etc…, au premier jour de cette liberté qui semblait si prochaine, on venait de recevoir les allocations annuelles de la Propagation de la foi et de la Sainte-Enfance. Cet officier fit mettre les scellés sur toutes les portes, mais, quatre jours plus tard, le régent envoya piller la maison, et il n’en resta que les quatre murailles.

Après avoir comparu devant le grand juge du tribunal de droite, ainsi nommé parce qu’il se trouve à droite du palais où réside le roi, Mgr Berneux fut conduit au Kou-riou-kan, ou prison criminelle, où sont enfermés pêle-mêle, sur la terre nue, les voleurs et les assassins appartenant aux basses classes. Mais