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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/530

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plaça sous sa cuisse. (En Corée on est toujours assis à terre, les jambes croisées.) Ce silence de mauvais augure terrifia Thomas Kim, qui alla aussitôt se cacher en province.

Deux jours après la fuite de Thomas Kim, la nourrice du roi, Marthe Pak, alla trouver la femme du régent qui lui dit : « Pourquoi reste-t-on ainsi dans l’inaction ? Les Russes entrent en Corée, s’emparent du pays, et l’évêque qui, sans doute, pourrait empêcher ce malheur, s’en va faire la visite des provinces quand on a tant besoin de lui ici. Qu’on fasse une nouvelle lettre à mon mari ; elle réussira, je vous l’assure, et ensuite rappelez aussitôt l’évêque. » Marthe courut rapporter ces paroles à Thomas Hong, qui appela de suite le mandarin Jean Nam, lui exposa la situation et le supplia de composer une nouvelle lettre. Jean Nam était un chrétien très-instruit, qui avait enseigné la langue coréenne à plusieurs missionnaires, entre autres à M. Ridel. Il résidait alors au palais, donnant des leçons de chinois au fils d’un grand personnage de la cour. Il consentit à dresser une nouvelle requête, et alla lui-même la présenter au régent, qu’il trouva entouré de cinq ou six grands mandarins. Le régent lut la lettre avec beaucoup d’attention et se contenta de répondre : « C’est bien ; allez en parler au ministre. » Le lendemain, il fit appeler de nouveau Jean Nam, et s’entretint longuement avec lui de la religion chrétienne. Il reconnut que tout était beau et vrai dans cette doctrine. « Seulement, » ajouta-t-il, « il y a une chose que je blâme ; pourquoi ne faites-vous pas de sacrifices aux morts ? » Puis, changeant brusquement l’entretien : « Êtes-vous bien sûr, » dit-il, « que l’évêque puisse empêcher les Russes de prendre la Corée ? — Certainement, » répondit Jean. — « Où est-il ? Est-il à la capitale ? — Non, il est absent depuis quelques jours. — Oh ! Il sera allé dans la province de Hoang-haï visiter les chrétiens. — Il y est en effet. — Eh bien ! faites-lui savoir que je serais bien aise de le voir. »

Jean Nam sortit, et raconta à diverses personnes l’entretien qu’il venait d’avoir. Le bruit que l’heure de la liberté religieuse allait enfin sonner se répandit partout. Les chrétiens, ivres de joie, parlaient déjà de bâtir à Séoul une grande église, digne de la capitale du royaume. Thomas Kim revint en toute hâte à Séoul, et s’étonna fort que personne, après le désir manifesté par le régent, ne fût encore allé chercher le vicaire apostolique et son coadjuteur. On lui répondit que l’argent manquait pour faire de si longs voyages, car ils se trouvaient tous deux à environ six journées de chemin de la capitale : Mgr Berneux au