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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/521

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M. Féron écrivait, de son côté : « Le père du roi, régent du royaume, a complétement perdu sa réputation. Ses violences, sa rapacité, le peu de cas qu’il tait de la vie des hommes lui ont complétement aliéné les cœurs. Il s’est engoué des bonzes et de leurs superstitions. Persuadé que la fortune de sa famille tient à ce que son père avait été enterré sur remplacement d’une pagode démolie, il a rebâti cette pagode avec un luxe inouï, et fait à d’autres pagodes des largesses inconcevables ; le tout, bien entendu, aux frais du trésor public. Ce printemps, il s’est mis en tête de bâtir un nouveau palais pour son fils. On parle de soixante mille ouvriers employés à la fois rien que pour niveler le terrain. Le plan comporte dix-sept cent soixante-dix-sept chambres. Pour cela, il a fallu lever des impôts fabuleux. Afin de colorer aux yeux du peuple cette extravagante lubie, il a fait publier partout qu’on avait trouvé, enfouie dans la terre, une vieille inscription annonçant que la prospérité du royaume serait inébranlable, quand on aurait reconstruit en cet endroit l’ancien palais, brûlé jadis dans la guerre contre les Japonais. Que l’inscription ait été trouvée, c’est probable ; mais personne ne doute que ce ne soit lui-même qui l’ait préparée et cachée à l’avance. Malgré tout, on a fait semblant de croire à la prophétie, et on a payé. Quelques personnes ont même fait des offrandes volontaires considérables, dans l’espérance qu’il leur en tiendrait compte, et qu’il récompenserait leur zèle par des mandarinats ou autres fonctions publiques. Mais il n’a pas eu la mémoire aussi longue, et ceux qui ont spéculé sur sa reconnaissance ont perdu leur peine et leur argent. Maintenant on dit que les travaux sont suspendus ; probablement il trouve plus simple de garder l’argent que de le dépenser en briques et en mortier. »

Enfin, M. Pourthié, en réponse à diverses questions que lui avait adressées M. Albrand, supérieur du séminaire des Missions-Étrangères, sur l’influence des derniers événements de Chine, sur les chances plus ou moins probables de liberté religieuse, etc… expose comme il suit, avec sa sagacité habituelle, la véritable situation des affaires. Cette lettre, du 20 novembre 1865, est, croyons-nous, la dernière qu’il ait adressée en Europe avant son martyre. Aussi la citons-nous presque tout entière.

« Hélas ! comme vous le dites, nous sommes toujours inaccessibles, toujours en dehors de toute relation avec le reste de l’univers. Il est vrai que la Corée est soi-disant amie de la Chine, et, qui plus est, sa vassale. Il faut qu’elle aille tous les ans chercher en Chine son calendrier comme signe de vassalité ; tous les