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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/492

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populaires se formèrent sur plusieurs points ; les maisons d’une infinité de nobles qui avaient tyrannisé et pillé leurs administrés furent livrées aux flammes, et dans quelques districts la foule ameutée lit des ravages considérables. Les prophéties coréennes annoncent que celui qui détrônera la dynastie régnante s’appellera Tcheung. Or, un maître d’école nommé Tcheung Han-soun-i, ayant mis en fuite le mandarin, se trouva à la tête du mouvement populaire de son district. De là une grande alarme dans tout le royaume. Des commentaires sinistres de la fameuse prophétie circulaient de toutes parts, annonçant l’incendie de la capitale, et un massacre général des nobles. Le gouvernement tremblait. L’un des principaux ministres, Kim Tchoa-keun-i, homme très-borné, mais respecté pour son intégrité relative, tout en avouant que dans sa maison on avait malheureusement gagné de très-fortes sommes en vendant les dignités, présenta à Sa Majesté un projet de loi pour interdire sévèrement à l’avenir un pareil abus ; mais le beau-père du roi s’opposa à cette loi en disant que, pour sa part, il recevrait toujours l’argent qui lui viendrait de cette source. Le roi donc désapprouva le projet, et par une conséquence toute naturelle, le ministre qui en était l’auteur fut disgracié, ainsi que son fils Kim Piong-ku-i, jusqu’alors tout-puissant à la cour. Kim Piong-kouk-i, cousin de la reine et de Kim Piong-ku-i, resta seul en possession du pouvoir. Cependant, tout le royaume était dans une perplexité inexprimable ; chaque courrier annonçait la défection de quelque district. Les fausses rumeurs, de plus en plus nombreuses, rapportaient les courses des révoltés, leurs propos provocateurs, leur nombre fabuleux, leur route tracée jusqu’à la capitale. Au milieu du tumulte, le ministre Kim Piong-kouk-i, homme aussi lâche que stupide, était toujours pâle de crainte ; la tristesse l’empêchait de manger, et cependant il répondait à ceux qui l’engageaient à consentir à la loi proposée : « Jamais ; il faut bien que je vive ; je ne veux pas me condamner à la mendicité. »

« La vérité était que le peuple, en maints endroits, avait poursuivi les nobles voleurs, et chassé beaucoup de mauvais mandarins ; mais nulle part on n’avait songé à faire une insurrection générale et à détrôner le roi. Le gouvernement vit bientôt qu’on ne songeait pas à envahir la capitale ; les courriers des diverses provinces le rassurèrent sur ce point. Alors on envoya, pour rétablir l’ordre compromis, deux délégués extraordinaires, dans les deux provinces du midi où il y avait eu le plus de troubles. Ces délégués, que l’on désigne sous le nom d’anaik-sa, munis de pleins