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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/479

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Enfin, ils ont une pièce dont ils ont soin et qui est inconnue à l’artillerie européenne ; c’est une énorme flèche en fer pesant trois ou quatre cents livres et qu’ils peuvent lancer sur l’ennemi à la distance de trois cents pas. Mais il paraît qu’il est très-dangereux d’être près de cette machine lorsqu’on s’en sert, et cela se conçoit, puisqu’il faut deux ou trois hectolitres de poudre pour la lancer une fois. D’ailleurs, ils ne font presque jamais l’exercice avec leurs canons, d’abord, parce que les généraux aiment mieux garder l’argent dans leurs bourses, que de le dépenser à brûler de la poudre ; en second lieu, il paraît que les pièces sont si mal fabriquées, qu’on ne peut faire l’exercice sans que quelqu’une n’éclate et ne cause de fâcheux accidents. »

Pendant que le gouvernement faisait des préparatifs plus ou moins efficaces pour repousser les Européens, quatre nouveaux missionnaires français mettaient le pied sur le sol de la Corée. Nous avons vu que MM. Landre et Joanno avaient fait en 1859 et 1860 deux tentatives inutiles pour pénétrer dans la mission. Nullement découragés par leur insuccès, ils songèrent à en préparer une troisième, et comme les jonques de Chang-haï les avaient deux fois trompés, ils résolurent de partir cette fois du Chan-tong et se rendirent au petit port de Tché-fou. La veille de Noël 1860, ils y furent rejoints par deux jeunes confrères que le séminaire des Missions-Étrangères venait de destiner à la mission de Corée, MM. Ridel et Calais. Ce renfort inattendu les combla de joie ; ils ne doutèrent plus du succès. Voici comment ils racontent eux-mêmes leur expédition :

« Nous trouvâmes facilement à louer une jonque à Tché-fou, et le 19 mars, sous la protection du grand saint Joseph, patron de nos missions de l’extrême Orient, nous fîmes voile pour la Corée. Après deux jours d’une heureuse traversée, nous étions à l’île de Mérin-to, au lieu du rendez-vous. Nous attendîmes quatre jours. Le 25, fête de l’Annonciation, une barque coréenne passa rapidement devant la nôtre, et son équipage voyant à notre mât un drapeau bleu sur lequel ressortait une croix blanche, se mit à faire de grands signes de croix. Quand on vint nous annoncer cette bonne nouvelle à fond de cale, où nous étions blottis, nous récitâmes avec une joie indicible l’hymne d’action de grâces, et nous fîmes à la hâte nos petits préparatifs, bien convaincus que la barque reviendrait nous prendre pendant la nuit. Mais Dieu voulait exercer notre patience. Une nuit, deux nuits, trois nuits se passent, point de barque. Nos Chinois commençaient à murmurer et à parler de retour, car il est défendu aux navires de