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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/469

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que, vexés, humiliés, déçus dans leurs espérances, ils finirent, sous un prétexte ou un autre, par refuser de marcher là il les envoyait. Ce magistrat persécuteur, publiquement honni, abandonné par le gouvernement qui affectait de se tenir à l’écart, se croyait perdu, quand par le crédit de quelques amis puissants, il obtint la permission de se démettre de ses fonctions.

Son successeur, homme habile, fit de son mieux pour laisser toute cette affaire s’éteindre sans bruit. Il défendit de continuer les perquisitions, puis, petit à petit, sans bruit et sans éclat, relâcha ceux des prisonniers chrétiens qui n’avaient pas péri dans les tortures, ou que la maladie n’avait pas emportés. Au commencement de septembre, tous étaient rendus à la liberté. Cette persécution, dans la pensée des païens, était un véritable triomphe pour le christianisme, puisque non-seulement l’opinion publique, mais le gouvernement lui-même avaient blâmé son auteur, puisque celui-ci avait perdu sa place, puisque tous les captifs avaient été renvoyés chez eux sans autre forme de procès. Néanmoins, elle avait fait un mal incalculable ; grand nombre de chrétientés étaient complètement ruinées, beaucoup de cœurs se trouvaient refroidis, l’élan qui se manifestait parmi les indigènes pour embrasser l’Évangile était complètement arrêté, et ce qui était plus triste encore, les chrétiens emprisonnés n’avaient pas tous fait honneur à la religion par leur constance. « En un mot, » écrivait Mgr Daveluy, « il nous reste à déplorer pertes sur pertes et ruines sur ruines, et vous concevez facilement le deuil et l’amertume où nous nous trouvons plongés. Cibabis nos pane lacrymarum, et potum dabis nohis in lacrymis in mensurâ. Exurge Deus, adjuva nos… ne forte dicant in gentibus : ubi est Deus eorum ? Vous nous nourrirez d’un pain arrosé de larmes, et dans notre affliction, vous mesurerez l’eau à notre soif. Levez-vous, Seigneur, aidez-nous, de peur que les païens ne disent : mais où donc est leur Dieu ? »

« Quant à moi, continue-t-il, j’ai eu à souffrir peu de privations corporelles, j’en ai été quitte pour me traîner de taudis en taudis. Dès les premiers jours je fis mon sacrifice ; je m’attendais à voir les prisons sous peu de temps. Plus tard, l’espérance de la vie me revint, et divers accidents providentiels me firent penser que Dieu avait d’autres desseins. Le hasard m’empêcha de gagner une retraite que j’avais désignée et où j’avais déjà envoyé quelques effets ; peu de jours après, les païens tombèrent sur ce village et firent une visite minutieuse de toutes les maisons. Si j’avais pu y aller, selon mes désirs, je serais infailliblement