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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/463

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gées, malgré toutes les prières que vous m’en avez faites ; mais c’est pour moi, ici, une impossibilité physique que vous ne me reprocherez pas. J’étais déjà usé, et privé pour ainsi dire de toutes mes facultés. Les longues courses que j’ai été obligé de faire, dans ces derniers temps, m’ont réduit au point qu’une page d’écriture est maintenant pour moi un effrayant labeur. Vous me dites qu’un peu de repos pourrait me disposer à essayer cette rédaction ; je réponds que la pensée même du repos ne peut me venir. Chaque année mes charges et mes occupations se multiplient. Dans notre position actuelle en Corée, il n’y a pas de repos possible, pas même un lieu où on puisse se fixer. J’insiste sur ce point, parce que vos dernières lettres semblent me faire un devoir de tout terminer moi-même, mais à l’impossible nul n’est tenu. Je ne refuse aucun travail, surtout de ce genre, mais il faudrait avoir en main les moyens, et ils me manquent absolument. »

Cet envoi de la traduction française des documents recueillis par Mgr Daveluy fut une inspiration du ciel, car, au printemps de l’année suivante, le feu prit à la maison épiscopale, en l’absence du prélat, et consuma une grande caisse où étaient réunis, en sept ou huit volumes, les titres originaux et les récits détaillés de l’histoire des martyrs en chinois et en coréen, avec différents travaux sur l’histoire du pays, entre autres une liste chronologique des rois des diverses dynasties, et une quantité de livres coréens très-précieux. C’est avec les documents et les notes alors envoyés en France, qu’a été rédigée la plus grande partie de notre histoire. Pourquoi Dieu n’a-t-il pas permis qu’elle fût écrite tout entière par le saint évêque, avec son cœur d’apôtre et de martyr ? Mais au moins nous répéterons comme lui : Plaise à Dieu que cette œuvre, si imparfaite qu’elle soit, serve à sa plus grande gloire, et suscite de nombreux missionnaires pour recueillir le glorieux et sanglant héritage de nos martyrs !

Revenons à notre récit. Vers la fin de septembre 1859, le choléra envahit soudain la capitale de la Corée et y fit d’affreux ravages. Les païens mouraient par milliers ; en quelques jours, quarante chrétiens avaient été emportés par le fléau. Les néophytes oubliant le danger d’une persécution, et ne songeant qu’à se préparer à la mort, assiégeaient la demeure de Mgr Berneux, ou plutôt les maisons des divers quartiers de la ville où il administrait successivement les sacrements. Il était à peine remis de sa longue maladie, mais par un secours spécial de Dieu, dans cette nécessité extrême, les forces lui revinrent miraculeusement, et en quelques semaines il put entendre plus de quinze cents confes-