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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/461

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« Votre Éminence trouvera sans doute que le nombre des communions ne répond pas à celui des confessions. Cette disproportion vient, en partie, de ce que beaucoup de chrétiens, appartenant à des familles païennes, peuvent s’échapper le jour pour se confesser, mais ne peuvent assister à la messe que nous célébrons toujours la nuit.

« Tel est, Éminence, le résultat de nos travaux pendant le cours de cette année. Daigne Votre Éminence, par ses prières, attirer sur nous de nouvelles bénédictions, et agréer l’hommage de la profonde vénération avec laquelle j’ai l’honneur d’être, etc… »

Comme on le voit par cette lettre, aucun changement important n’avait eu lieu, ni dans l’état de la mission, ni dans les dispositions du gouvernement qui, non-seulement ne persécutait pas les chrétiens, mais souvent réprimait le zèle de ses agents inférieurs, animés d’intentions hostiles. Tantôt c’était un gouverneur de province qui, en réponse à une pétition contre les chrétiens, se contentait de dire : « Les chrétiens font-ils tort au roi ? — Non. — Font-ils tort aux mandarins ? — Non. — Font-ils tort au peuple ou aux satellites ? — Non. — Eh bien ! puisqu’ils ne font tort à personne, laissez-les tranquilles et laissez-moi tranquille. » Ailleurs, un mandarin, devant lequel un chrétien apostat accusait ses frères, ordonna qu’on saisît le délateur et qu’on le promenât ignominieusement autour du marché avec cette pancarte sur le dos : « Ainsi sera traité quiconque s’avisera de porter le trouble parmi les montagnards » (terme sous lequel, dans plusieurs provinces, on désigne les chrétiens). Un autre mandarin faisait rendre gorge à ses satellites qui avaient pillé un hameau chrétien ; un autre empêchait de fouiller la valise du P. T’soi arrêté dans une auberge. Enfin, lors de la grande amnistie accordée par le roi, dans toute l’étendue du royaume, à l’occasion de la naissance d’un prince héritier, on trouva moyen de comprendre dans cette grâce une dizaine de chrétiens exilés ou emprisonnés, sans leur parler d’apostasie, quoiqu’elle soit légalement exigée en pareille circonstance.

Tout cela était d’autant plus significatif que l’on savait fort bien qu’il y avait dans le pays plusieurs Européens, et que l’on voyait les progrès de l’Évangile. De leur côté, les missionnaires, sans bien connaître la cause réelle de ces heureux symptômes d’une liberté prochaine, bénissaient Dieu et travaillaient à en profiter. Mais ils étaient trop peu nombreux, et leur santé se consumait dans un labeur bien au-dessus de leurs forces.