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CHAPITRE IV.

Persécution de 1860. — Terreur des Coréens à la nouvelle de la prise de Péking. — Entrée de quatre missionnaires. — Mort du P. Thomas T’soi.


La lettre suivante adressée par Mgr Berneux au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, le 7 novembre 1859, résume l’histoire de la mission de Corée pendant cette année.


« Éminence,

« J’ai reçu, au mois de janvier dernier, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire à la date du 21 juillet 1857, et la lettre de Sa Sainteté du 19 septembre même année. La bienveillance toute paternelle que le Saint-Père me témoigne dans cette lettre, ainsi qu’à tous les missionnaires et aux chrétiens de Corée, nous a tous remplis d’une joie impossible à exprimer. La pensée qu’au milieu de tant de soucis et de sollicitudes, le Vicaire de Jésus-Christ ne dédaigne pas d’abaisser ses regards sur une mission si peu considérable, perdue à l’extrémité du monde, qu’il prie pour elle, la bénit et compatit à ses souffrances, cette pensée, dis-je, Éminence, en nous consolant, nous inspire un nouveau courage pour supporter avec constance les travaux et les tribulations qu’il plaît au Seigneur de nous ménager. La bénédiction de Sa Sainteté a attiré sur nous les bénédictions du ciel, et réalisé en partie les espérances que nous avions conçues, et que j’ai communiquées à Votre Éminence dans ma lettre de l’automne 1858. Cette année, grâce au Seigneur, s’est écoulée sans persécution. Nous avons eu, à la vérité, beaucoup à souffrir de la part des païens ; des villages entiers ont été dépouillés de tous leurs biens et chassés au fond des montagnes. Mais le gouvernement est demeuré étranger à ces vexations ; des mandarins même ont pris notre défense, et le roi, en graciant plusieurs chrétiens exilés pour la foi, a fait comprendre assez clairement que des sentiments plus bienveillants ont fait place aux dispositions hostiles qu’on avait autrefois contre notre sainte religion. À l’exception de quelques villages où le mauvais vouloir des païens ne nous a pas permis de pénétrer, tout le vicariat a été administré ; les chrétientés les plus reculées, les cabanes isolées au sommet des montagnes les plus abruptes, ont toutes entendu la parole de vie ; tous ont puisé une nouvelle force dans la réception