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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/454

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Celui-ci se trouble, va secrètement chercher dans leur cachette les livres réclamés, et en voulant les retirer, fait tomber une caisse d’objets religieux, presque tous venus d’Europe. À ce bruit, les satellites accourent, mettent la main sur le tout, et repartent bondissants de joie.

« L’affaire devenait des plus graves ; les objets européens surtout allaient provoquer un examen sévère, et toute la chrétienté se voyait déjà compromise. Aussi les néophytes des environs furent bouleversés ; chacun partit à la débandade, abandonnant son mobilier et sa récolte. Ce fut un moment de désolation. Des courriers m’arrivaient jour et nuit, et les fidèles m’engageaient à fuir, craignant que mon domicile ne fût aussi dénoncé. À la vue des nouvelles pièces de conviction, les satellites furent expédiés de nouveau pour saisir quelques chrétiens ; le village était évacué. Ne trouvant donc personne, les hommes de police se bornèrent à d’insignifiantes recherches sur les montagnes, attendirent quelque temps, mais en vain, le retour de la population, et se retirèrent on ne sait où, sans même avoir visité les villages voisins, chose inouïe jusqu’à ce jour. Depuis lors, plus de nouvelles. La conjecture la plus probable, et confirmée par des amis de l’inquisiteur, c’est qu’ayant sur nous les données les plus précises, il craignit de me faire prendre, incertain de ce qu’en penserait le gouvernement, et il continua ses courses sans plus s’occuper de la question. Pour notre prisonnier, il dut souffrir encore pendant quatre mois ; on parvint à faire intervenir quelques amis du gouverneur, et le jour de Pâques il reparut chez les chrétiens. Aucune autre suite ne fut donnée à ce procès. Sommes-nous donc en Corée ? Autrefois de telles affaires eussent causé un embrasement général, maintenant il semble que chacun cherche à les étouffer dès l’origine. Cependant il reste toujours un parti hostile à notre foi, et depuis le printemps, à diverses reprises, des menaces se sont fait entendre ; plusieurs de nos amis païens en craignent l’effet dans un avenir peu éloigné. En attendant, nous marchons, et nous avons encore un peu progressé. Vous verrez par notre compte rendu que le chiffre des baptêmes d’adultes est assez satisfaisant. Nous remarquons dans certaines localités et surtout à la capitale un mouvement bien prononcé ; les catéchumènes se présentent en grand nombre.

« Les faits édifiants ne manquent pas. Je veux vous en citer un tout récent, et qui dure encore. Une jeune femme, pour éviter de coopérer aux superstitions dans la maison de son mari, feint une maladie qui semble lui raidir les bras et lui coller les