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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/449

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Seigneur nous ménage ; les épreuves ne nous manquent pas non plus. Le lion Dieu nous en a envoyé une, cette année, qui nous a tous douloureusement affectés : M. Maistre est mort. Ce cher confrère était venu me voir, l’an dernier, à la fin de mars, en terminant son administration. Malgré sa lassitude, il semblait bien portant. Dans le courant du mois d’août j’allai, à vingt lieues, passer un jour avec lui ; sa santé était encore bonne. Néanmoins, comme je savais qu’il avait été fatigué de sa précédente administration, je lui donnai un district un peu moins pénible. Il se mit en campagne au commencement de novembre. Le 18 décembre, j’appris que ce cher confrère, atteint d’une maladie grave, se mourait à huit lieues du village où je faisais mission. Je partis en toute hâte et j’arrivai à la nuit auprès de lui. Son état était en effet bien alarmant ; trop faible pour articuler un seul mot, il me reconnut cependant et me prit la main en souriant. Craignant qu’il ne passât pas la nuit, je lui donnai l’absolution et lui offris l’extrême-onction qu’il refusa, me donnant à entendre par signes que le danger n’était pas encore pressant, et qu’il désirait attendre. La nuit fut assez bonne. Le lendemain 19, M. Petitnicolas arriva, après une marche continue de vingt heures. Nous passâmes la journée dans la chambre du malade, lui prodiguant tous les secours qu’il était en notre pouvoir de lui procurer. Le mal semblait parfois offrir quelques lueurs d’espérance, qui ne tardaient pas à s’évanouir. Le 20 décembre, avant le jour, je lui donnai le saint viatique, l’extrême-onction et l’indulgence plénière, au milieu des sanglots de nombreux chrétiens, que mes ordres avaient été impuissants à écarter de la chambre du malade : ils voulaient voir une dernière fois celui qui avait eu pour eux l’affection d’une mère, et assister à la mort d’un saint. Je le laissai seul faire son action de grâces et s’entretenir avec son Dieu qu’il devait bientôt posséder. Sur les dix ou onze heures du matin, pendant que je récitais mon office, on vint m’avertir que le mal faisait des progrès rapides. Nous allâmes, M. Petitnicolas et moi, dans l’appartement du malade, d’où nous ne devions sortir qu’après avoir recueilli son dernier soupir. Son regard était fixe, sa respiration courte et pénible ; il ne reconnaissait plus personne. Enfin, à midi, il rendit paisiblement, sans violence et sans douleur apparente, sa belle âme à Dieu. Lorsque j’en donnai la nouvelle aux chrétiens qui se tenaient en grand nombre dans la cour, leurs sanglots, expression d’une douleur bien sincère, annoncèrent à tout le village que leur père venait de leur être enlevé. En ce jour, 20 décembre, les chrétiens de Corée perdaient un père, un