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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/438

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ment les devoirs de la religion, pour venir s’établir près de Kan-ouel. Lors de ma dernière administration, il m’amena six hommes parfaitement préparés à recevoir le baptême, et me promit de faire élever un oratoire dans son village et de revenir l’année prochaine avec tous les siens aussi bien préparés que ceux-ci. Un autre village, composé de cinq ou six familles, a été converti et évangélisé de la même manière.

« Mais il faut que je raconte au Père l’histoire de la conversion d’une famille en particulier. Cette famille était obsédée par le démon depuis plusieurs générations. Hommes, femmes, enfants étaient tourmentés par de mauvais génies qui leur apparaissaient sous la figure de leur père ou de leur aïeul, et mille fois, le jour comme la nuit, écrasaient leurs épaules ou leur dos d’un poids énorme. Ces malheureux étaient plongés dans une consternation et un désespoir inexprimables. Il ne leur était même pas permis d’habiter un peu de temps dans le même endroit, car les mauvais génies les forçaient d’émigrer ailleurs, avec défense d’emporter aucun de leurs ustensiles domestiques ; s’ils transgressaient cette défense, le démon les obsédait avec tant d’opiniâtreté pendant la route qu’il les obligeait à reporter ce qu’ils avaient pris. Aussi étaient-ils réduits à la plus épouvantable misère. Sur ces entrefaites, un néophyte ayant eu connaissance de leur infortune, et persuadé que, s’ils embrassaient la foi chrétienne, ils ne tarderaient pas à être délivrés par la grâce de Jésus-Christ des poursuites du démon, leur enseigna notre sainte religion, et les conduisit dans un village de chrétiens. Là, cette famille commença tout d’abord par éprouver un soulagement sensible. Tandis qu’elle apprenait avec ferveur les prières et le catéchisme, elle était complètement délivrée ; mais lorsqu’au contraire, elle se relâchait dans cette étude et priait d’un cœur tiède, les vexations recommençaient ; et ainsi, le démon lui-même semblait prendre à tâche de les former à la piété. Quand tous eurent été baptisés, ils furent entièrement délivrés, et l’on m’assure que maintenant ils se portent à merveille et vivent, dans la joie et la paix, de la culture de leurs champs.

« Au reste, si je voulais raconter en détail tous les autres traits de ce genre, je ne pourrais finir cette lettre.

« Dans tout le cours de l’année, j’ai entendu deux mille huit cent soixante-sept confessions, baptisé cent soixante-onze adultes, renouvelé les cérémonies du baptême à dix-sept adultes, enrôlé cent quatre-vingt-une personnes dans l’œuvre de la Pro-