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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/431

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CHAPITRE III.

Mgr Daveluy est sacré coadjuteur. — Arrivée de M. Féron. — Progrès de l’Évangile pendant les années 1857 et 1858. — Mort de M. Maistre.


Avant son départ pour la Corée, Mgr Berneux avait reçu du Saint-Siège les pouvoirs nécessaires pour se choisir et consacrer un coadjuteur. Il ne voulut pas rester plus longtemps sans en faire usage. L’état toujours précaire de la chrétienté, le souvenir des anciens désastres, les difficultés inouïes que l’on avait eues à surmonter pour faire entrer des missionnaires, la crainte que de nouvelles persécutions ne vinssent bientôt, en frappant le premier pasteur, anéantir l’espérance de perpétuer le sacerdoce en Corée, toutes ces considérations réunies lui faisaient un devoir de ne pas tarder. Son choix tomba sur M. Daveluy, que onze ans de travaux, une connaissance exacte du pays, un zèle tout apostolique et les solides vertus d’un vrai missionnaire, désignaient clairement comme le plus digne. Mais il eut à lutter contre l’humilité de ce saint prêtre, et dut, pour ainsi dire, lui imposer de force cette charge redoutable.

« Mes répugnances naturelles, » écrivait Mgr Daveluy quelques semaines plus tard, « mes répugnances naturelles pour cette position suffisaient seules pour me porter au refus. Je ne me suis jamais cru fait pour commander ; c’est déjà beaucoup pour moi de savoir obéir. D’autre part, l’épuisement réel de mes forces, suivi de la perte de mes facultés intellectuelles, ne me permettait pas d’accepter ce fardeau. Mais Sa Grandeur me parla dans des termes qui me firent craindre qu’un refus obstiné ne me mît hors de la voie de la Providence, et j’eus le malheur de donner mon consentement. Le jour de la consécration fut donc fixé au 25 mars, fête de l’Annonciation. MM. Maistre, Petitnicolas et le P. Thomas furent réunis pour cette cérémonie que la prudence ne permit pas de faire au milieu des chrétiens. Elle eut lieu dans la maison de Sa Grandeur, pendant la nuit, en présence des catéchistes de la capitale et d’un petit nombre des principaux chrétiens. La localité et le secret ne permirent pas de grande pompe ; c’était presque comme dans les catacombes. Qu’il nous fut pénible de ne pouvoir satisfaire au désir de tous nos néophytes ! Jamais