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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/421

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possible du rivage. La nuit survient et augmente notre sécurité ; mais, quelques heures après, la marée nous refuse son secours, les rameurs font de vains efforts pour lutter contre le courant : nous reculons au lieu d’avancer. Nous étions parvenus dans un endroit où le fleuve, profondément encaissé, ne présente pour l’abordage qu’une berge escarpée et d’une grande hauteur ; l’heure avancée de la nuit, l’obscurité et le silence qui règnent sur la plage nous encouragent : nous nous élançons sur la rive et nous nous engageons dans les rizières. La marche est d’abord assez pénible : pas un chemin tracé, nous franchissons des fossés et des canaux remplis d’eau, nous côtoyons des précipices et des mares, force nous est de nous accrocher des pieds et des mains ; enfin nous grimpons, nous sautons, nous plongeons aussi parfois, jusqu’à ce que nous ayons atteint le chemin qui nous conduit à la capitale.

« Toute la nuit est employée à courir, mais nous nous en acquittons si bien qu’au point du jour nous faisons acte d’apparition aux portes de la ville. Nous touchions à la fin de notre expédition, et peut-être aurions-nous encore surpris sur la natte qui lui sert de lit — car ce dernier mot est superflu pour la Corée — M. Daveluy, qui avait été député par M. Maistre à la rencontre de Monseigneur ; malheureusement les portes se trouvèrent fermées. La raison de cet état de siège était l’absence du roi. Lorsque le prince coréen n’est pas dans sa capitale, on prend des précautions extraordinaires pour obvier à toute révolte ; la circulation devient difficile, les allants et les venants sont plus soigneusement examinés, les portes de la ville restent fermées jusqu’après le lever du soleil, on dispose sur quatre places des tréteaux semblables à ceux des baladins en France, et là-dessus siègent quatre généraux, avec une multitude imposante pour les Coréens, de soldats, de satellites, de mouchards, de toutes armes et de toute espèce. Le prince rentre-t-il dans son palais, on ne prend aucune de ces précautions : la présence de ce grand potentat est censée désespérer toute faction et rendre toute résistance impossible.

« Les portes étant solidement closes, nous fûmes un peu contrariés dans notre dessein ; mais il y avait danger à demeurer en faction en ce lieu : nous nous réfugiâmes dans la maison d’un chrétien des faubourgs. Quelque temps après nous nous remettions en route et nous entrions dans la place au moment même où les ministres, accompagnés d’un certain nombre de mandarins civils et militaires, et escortés d’un grand nombre de satellites ou