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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/413

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de persécution aurait-il empêché de nous l’expédier ? Quand on souhaite ardemment une chose, on s’inquiète de tout, et on accueille avec la même facilité ce qui favorise et ce qui contrarie nos désirs.

« Déjà nous regardions comme probable que mes deux confrères seraient obligés de retourner à Hong-kong avec les effets de la mission. Pour moi, mon parti était pris de faire par terre le trajet de cinquante lieues qui restaient à parcourir jusqu’à la chrétienté la plus voisine. C’était un parti extrême, mais nos courriers ne reculant pas devant les dangers qu’il offrait, j’étais disposé à tenter cette entreprise. Nous étions à délibérer sur les moyens de l’exécuter, lorsque le vendredi saint, sur les neuf heures du matin, un petit bateau se dirige sur nous, et l’équipage répond à nos signaux en levant les mains au ciel, et faisant force signes de croix. C’étaient, en effet, nos chrétiens. La reconnaissance opérée, ils allèrent mouiller loin de nous pour n’exciter aucun soupçon ; et nous, après avoir rendu grâces au Seigneur, nous fîmes nos derniers préparatifs. La pluie qui survint pendant la nuit, ne permit pas de transborder ; ce ne fut que le dimanche de Pâques, à une heure du matin, que nous quittâmes la jonque chinoise pour monter sur le bateau coréen.

« Après quatre jours de navigation au milieu des îles et des barques de pêcheurs, nous étions encore à quinze lieues de la capitale. Le vent et l’eau nous manquant à la fois, nous descendîmes avec un de nos courriers et trois rameurs dans un tout petit canot. Nous avions revêtu le costume de deuil, large chapeau de paille tombant jusqu’aux épaules, habits de toile de chanvre ressemblant à nos grosses toiles d’emballage, souliers de paille, etc. À onze heures du soir, la marée, devenue contraire, ne permettant plus d’avancer, nous résolûmes de faire à pied les quatre ou cinq lieues qui restaient encore. Plus confiants dans les ténèbres de la nuit que dans les larges bords de notre chapeau pour couvrir notre entrée dans la ville, nous marchions aussi vite que le permettaient le mauvais état des chemins et le genre de chaussures que nous portions pour la première fois, afin d’arriver avant l’aube. Elle ne paraissait pas encore, en effet, lorsque nous atteignîmes les murs de la capitale. Mais, ce jour-là, le roi étant absent, et pour cette raison les portes ne devant s’ouvrir qu’au lever du soleil, nous allâmes prendre un peu de repos dans la maison d’un chrétien.

« Le jour venu et les portes ouvertes, nous fîmes notre entrée dans la première ville du royaume. Je marchais précédé d’un