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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/399

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pour y achever ses études théologiques. Dès lors, il se sentait attiré à se dévouer tout entier à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Il songea quelque temps à se faire bénédictin à Solesmes, puis voulut s’adjoindre à M. Moreau qui jetait les fondements de la Congrégation de Sainte-Croix du Mans. Mais Dieu, qui l’appelait ailleurs, empêcha la réalisation de ces divers plans. Ordonné diacre le 24 septembre 1830, il fut chargé, au grand séminaire, des fonctions de répétiteur de philosophie et, aussitôt que son âge le permit, fut promu au sacerdoce ; son ordination eut lieu le 20 mai 1837. Il était professeur de philosophie, lorsqu’en 1839, il obtint de son évêque, après beaucoup de difficultés et d’instances, la permission de se rendre au séminaire des Missions-Étrangères, où il arriva le 27 juillet.

Le premier et le plus douloureux sacrifice de la vie du missionnaire fut de se séparer de sa mère veuve depuis cinq ans, dont son départ allait briser le cœur et peut-être compromettre la vie. « Toute ma famille connaît mes desseins, « écrivait-il le 16 août suivant à M. l’abbé Nouard, son ancien protecteur et premier maître. « Que le bon Dieu lui donne, et surtout à ma pauvre mère, la résignation et la force de se soumettre à sa sainte volonté, et à moi le courage de supporter, sans en être ébranlé, et pour sa gloire, les assauts que j’ai maintenant à essuyer ! Manière et ma sœur ont été bien surprises de ma détermination, leur douleur est extrême. Quel en sera le terme, pour ma mère surtout ? Quoi qu’il arrive, que la sainte volonté de Dieu s’accomplisse ! Je suis prêtre pour travailler à sa gloire et au salut des âmes ; voilà ma destination. J’espère avec le concours de la grâce qui ne me manquera pas que je la remplirai. » Le même jour il écrivait à cette mère bien-aimée : « Le bon Dieu m’est témoin que je ne craindrais pas de donner jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour vous éviter une pareille peine. Il n’est qu’un sacrifice que je ne puis faire, c’est celui de mon salut et de la volonté de Dieu. Mais aussi, celui-là vous ne me le demanderiez pas ; aimant et connaissant le bon Dieu, vous ne voudriez pas que je lui désobéisse ; vous aimeriez mieux me voir mourir mille fois plutôt que de me voir, infidèle à ma vocation, exposer mon salut éternel. Si une séparation de quelques années nous fait tant de peine, qu’éprouverions-nous si nous étions séparés dans l’éternité ?… »

Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité. Il fit pour la mère de M. Berneux, ce qu’il fait toujours pour les pères et mères des missionnaires qui sacrifient leurs enfants pour sa gloire : il adoucit sa douleur, et la combla de grâces infiniment précieuses.