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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/383

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de distance en distance des feux qui servirent à entretenir durant les ténèbres la surveillance du jour, ce qui recommença et se perpétua ainsi les journées et les nuits suivantes. Mais c’était trop tard, déjà avait eu lieu la sainte contrebande qui désormais eût été impossible.

« Cependant pour déguiser encore l’entrée de M. Maistre, et attendre les nouvelles qu’il devait envoyer de l’intérieur, le P. Hélot continua à jouer son rôle de chargé d’affaires, et après la tempête retourna jeter l’ancre devant l’île du Camp. Le pan-koan aussi, un peu embarrassé de sa présence, poursuivit son rôle d’espion et mit en jeu toute espèce de ruses, pour découvrir le secret d’une députation si peu imposante et par conséquent assez suspecte. Voici le stratagème qu’il inventa ; il travestit un de ses satellites en mandarin supérieur, lui improvisa une nombreuse escorte, et l’accompagna le lendemain ; avec plus de cinquante hommes. Ils montaient trois fortes jonques, sur lesquelles flottaient de grands drapeaux où on lisait écrit en gros caractères chinois : Le grand mandarin du lieu vient faire des interrogations pacifiques. Le grand mandarin de France qui, sur son navire de trois mètres de large, n’avait pour tout état-major que ses huit matelots chinois, et pour tout appareil de guerre que le couteau de la cuisine, ne se laissa pas éblouir à l’arrivée du brillant et nombreux cortège des deux magistrats coréens ; il reçut à son bord le prétendu mandarin supérieur qui demanda d’être accompagné de six scribes et interprètes. Déjà ils étaient tous accroupis sur le pont, et avaient leur pinceau en main, lorsque le P. Hélot fit lui-même la première question : « Que veux-tu savoir de moi ? Tout n’est-il pas expliqué par mes lettres de commission que tu dois connaître ? Si tu étais mandarin, tu devrais au moins savoir que je ne puis traiter que les affaires pour lesquelles je suis envoyé ; or, j’ai vu et puis voir par moi-même l’état des débris du naufrage ; cela me suffit, je n’ai plus rien à faire avec toi. » Puis, s’apercevant de la supercherie, il ajouta : « Tu es un imposteur, tu n’es pas mandarin ; retire-toi bien vite. » Ce que fit en effet le faux pan-koan avec son confrère et leur pompeux entourage.

« Les jours suivants, la plus grande vigilance ne cessa de régner sur la côte ; il était dès lors impossible que des lettres de l’intérieur pussent parvenir à la barque chinoise. Le capitaine de l’expédition ordonna donc à son équipage de se préparer au départ ; la petite jonque retira son ancre de bois, déploya toutes ses nattes de jonc au vent, tourna sa proue aux grands yeux de