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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/380

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de peine, ne purent lui donner une réponse certaine. « Courage, courage, » lui disait M. Maistre, « bientôt vos recherches nous mettront sur la route qui doit nous conduire droit à notre but, au milieu des abîmes et des dangers. » En effet, la première difficulté vaincue, les jours suivants le point fut facilement trouvé, et la nacelle courut hardiment vers l’île du Camp qu’elle n’était pas bien sûre d’atteindre ; mais ces pilotes improvisés, se défiant un peu de leur science, comptaient plutôt sur la protection des martyrs coréens qu’ils imploraient, surtout sur celle de l’intrépide André Kim qu’ils prirent pour patron de ces mers dangereuses.

« Déjà huit jours de cette navigation, moitié certaine et moitié douteuse, s’étaient ainsi écoulés, et rien encore sur l’horizon n’était venu réjouir les regards inquiets des pieux voyageurs. Lorsque l’aube du neuvième jour commença à blanchir, on se trouva transporté comme par enchantement devant un petit groupe d’îles, sur l’une desquelles on dirigea joyeusement la barque. M. Maistre qui jadis, après le naufrage, avait habité l’île de Ko-koun-to, ne la reconnaissait pas. Pour ne point perdre un temps précieux à sa recherche et exciter par là quelques soupçons parmi les habitants de la côte, il parut plus expéditif aux deux missionnaires de descendre sur-le-champ au petit village qu’ils voyaient devant eux, et de demander ingénument à ces insulaires bons et simples où était l’île de Ko-koun-to. « Nous ne la connaissons pas, » répondirent-ils, quoiqu’ils eussent parfaitement compris toutes les autres questions ; et ils se disaient en leur langue qu’ils ne pouvaient donner cette indication, parce qu’ils en seraient punis ; réflexion qu’entendit distinctement M. Maistre. Ne pouvant obtenir aucun renseignement, les deux prêtres regagnaient leur jonque, lorsqu’ils rencontrèrent sur le rivage le pan-koan, ou mandarin du lieu qui, déjà averti, accourait, lui aussi, leur faire des interrogations embarrassantes. On lui donna rendez-vous à bord où ils arrivèrent tous ensemble. Le P. Hélot qui cumulait les fonctions de pilote, de capitaine et de chargé d’affaires, s’empressa de prendre le premier la parole, de présenter ses lettres au gardien des côtes et de le prier, en conséquence, de lui indiquer l’île du Camp français. Le rusé mandarin, affectant de ne pas répondre, cherchait à passer à d’autres questions, lorsque son interlocuteur lui signifia qu’il eût à lui faire connaître l’île de Ko-koun-to, que c’était sur les lieux mêmes qu’il traiterait les affaires pour lesquelles il était envoyé. Le pan-koan gardant toujours le silence là-dessus, on lui dit de partir et l’on remit à la voile pour découvrir Ko-koun-to. À peine les