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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/358

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de près de dix ans, et avait traversé des montagnes impraticables pour me rencontrer. Oh ! si un autre Xavier ou un autre Bernard se rencontraient ici, quels fruits de salut ils produiraient dans ces âmes si impatientes de voir et d’entendre un prêtre de Jésus-Christ.

« Voici encore un de mes plus grands sujets de douleur. Il arrive souvent que des personnes, douées d’un véritable esprit de ferveur, se proposent de garder la virginité pour servir Dieu avec plus de fidélité et de zèle ; mais les lois et les mœurs du pays sont telles, que cette angélique vertu ne trouve ici aucune protection ni aucun refuge. Tout le monde ne voit dans la virginité qu’une impiété, et dans la chasteté qu’une hypocrisie ; aussi ces pieuses femmes, si elles ne sont pas mariées, risquent d’être enlevées par des païens et par conséquent d’exposer leur salut éternel. De là vient que nous, les prédicateurs de la virginité, conseillons et ordonnons même le mariage.

« Le fait suivant vous expliquera mieux ce que je viens de vous dire. Une jeune fille, nommée Barbe, avait huit frères et elle-même était la plus jeune de la famille. Elle resta seule avec deux de ses frères, la mort lui ayant enlevé les autres. À l’âge de sept ans, elle apprit à lire, et dès ce moment, elle sentit le désir de garder la virginité. Un jour sa belle-sœur occupée, à confectionner une robe, lui dit : « Cette robe sera pour toi, tu la porteras le jour de tes noces « Aussitôt Barbe va se réfugier dans le coin le plus retiré de la maison ; elle fond en pleurs et sa mère ne parvient à la consoler qu’en lui promettant qu’on ne la forcerait point à se marier. Parvenue à l’âge de onze ans, un jour elle trace quelques lignes sur le mur de sa chambre, puis prend deux livres de religion, quelques grains de riz, s’échappe furtivement, et se réfugie dans les montagnes avec une compagne de son âge. Le matin, en cherchant Barbe, ses parents aperçoivent sur le mur les paroles suivantes, écrites de sa main : « Mes bien chers parents, ne me considérez plus comme votre enfant, mais comme l’enfant de la bienheureuse Vierge Marie. La vie est courte ici-bas, et tout y est vanité. Par nous-mêmes nous ne pouvons rien, mais avec Dieu nous pouvons tout. Dieu n’abandonne jamais ceux qui ont confiance en lui. Ne vous inquiétez pas du lieu où je me suis retirée ni de ce que je ferai. » Mais les parents se mettent à fouiller tout le pays, et, au bout de trois jours, le frère de Barbe la trouve dans une caverne presque inaccessible, hantée seulement par des bêtes féroces. L’enfant lisait paisiblement ses livres dans cet affreux réduit ; elle priait, instrui-