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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/357

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« Le sort des femmes nobles est encore plus triste. Elles ne peuvent mettre le pied hors de la porte de leurs maisons. Elles ne peuvent décemment parler à personne, sinon à leurs plus proches parents. On leur fait le plus grand crime de se laisser voir une seule fois à un homme inconnu. Aussi, celles qui sont placées sous l’autorité de parents ou de maris, sont dans l’impossibilité presque absolue de s’approcher des sacrements, et se consument dans d’inutiles désirs. Les veuves, le seraient-elles devenues après un seul jour de mariage, sont obligées de garder la continence. Un second mariage est une note d’infamie pour elles et pour leur famille. De là vient qu’elles sont soumises aux mêmes règles de bienséance, et n’ont guère plus de liberté. Elles ne peuvent s’approcher des sacrements que la nuit ; et à combien de misères ne sont-elles pas exposées dans ces courses nocturnes ! quand donc pourrons-nous rassasier ces âmes qui ont faim et soif de la justice !

« Nous sommes souvent forcés d’user d’une grande rigueur pour empêcher les fidèles de se précipiter en foule pour nous voir et assister au saint sacrifice de la messe. Mais les peines que nous imposons aux coupables ne les épouvantent guère ; ils sont peu obéissants sous ce rapport. Quand nous arrivons dans une chrétienté, tous, petits et grands, endossent leurs habits neufs, et se hâtent de venir saluer le Père. Et si celui-ci tarde un peu à recevoir leurs hommages, leur impatience est extrême ; à chaque instant ils envoient les catéchistes demander pour eux la permission d’entrer et de recevoir la bénédiction. Au moment du départ, dès que nous reprenons nos habits de voyage, ils remplissent l’oratoire de pleurs et de gémissements. Les uns me saisissent par les manches comme pour me retenir, les autres arrosent de larmes les franges de mon vêtement, comme pour y laisser un gage de leur affection ; ils me suivent, et ne veulent s’en retourner que lorsqu’ils ne peuvent plus m’apercevoir. Quelquefois ils montent sur les collines pour me suivre plus longtemps du regard.

« Un jour je devais aller d’un oratoire à un autre. Des néophytes qui demeuraient près du chemin où je devais passer, vinrent me conjurer de m’arrêter quelques instants chez eux. Je fus touché par leurs prières, et promis de me rendre à leurs désirs. Lorsque j’arrivai chez eux, j’y trouvai réunis tous les chrétiens du voisinage au comble de la joie. L’un d’eux était venu d’une distance de quinze lys. Dès qu’il avait appris mon passage, sans laisser personne à sa maison, il était parti avec sa femme et son fils, âgé