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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/356

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et installer le tribunal de la Pénitence. Je m’assis sur les bords du fleuve, à l’ombre de quelques arbres, comme si j’eusse voulu me reposer des fatigues de la route et me préserver des ardeurs du soleil, et j’envoyai en éclaireur le chrétien qui m’avait accompagné. Celui-ci entra dans la maison, et n’y trouva aucun homme ; tous étaient dans les champs. Anne était seule avec sa fille et quelques petits enfants. Le chrétien m’apporta un billet sur lequel cette pieuse femme avait écrit son examen de conscience. Je le lus dans le lieu où je m’étais assis, puis aussitôt j’entrai dans la maison, j’appelai Anne dans la chambre intérieure, je lui donnai rapidement l’absolution, je la munis du pain des forts, puis je m’échappai tout joyeux, et revins à mon poste en bénissant le ciel.

« Nous n’avons, vous le voyez, aucune liberté dans l’exercice de notre sainte Religion. Nous sommes toujours tremblants comme si nous commettions les plus grands crimes ; on nous accable sous la haine et le mépris comme de vils scélérats. Dès que quelqu’un se convertit à la foi, aussitôt parents, alliés et voisins s’élèvent contre lui, le maudissent comme le plus impie des hommes, lui font subir toute espèce de vexations, et enfin le chassent loin d’eux avec défense de remettre le pied parmi ses concitoyens. Les nobles surtout poursuivent de toute leur fureur ceux d’entre eux qui embrassent la foi. Si on apprend qu’un noble est chrétien, toute sa famille est déclarée infâme, et elle perd son titre de noblesse sur lequel reposent toute sa gloire et toutes ses espérances. De là un grand sujet de scandale pour beaucoup de fidèles ; car, lorsque vient pour eux le moment de choisir, ils aiment mieux jouir de leurs vains titres que de se glorifier dans la croix et les opprobres de Notre Seigneur Jésus-Christ.

« Un néophyte a été élevé dernièrement à une dignité de cinquième ordre par le crédit de ses amis, sans que lui-même eût prêté les mains à cet avancement. Il arrive souvent que l’on obtienne ainsi des places sans aucun titre, sans aucune sollicitation, par la seule influence de parents ou d’amis ; et ces dignités, de quelque manière qu’elles soient accordées, doivent toujours être acceptées, si l’on ne veut s’exposer au déshonneur ou même à la mort. Ce néophyte se trouve maintenant en grand danger de perdre la foi. Bientôt il sera mis à la tête de quelque province ou d’une ville importante. S’il accepte cette charge, il ne pourra l’exercer qu’en prenant part fréquemment à des cérémonies superstitieuses ; s’il la refuse, il sera déclaré rebelle, et le voilà menacé de mort, et toute sa famille exposée à de grandes calamités.