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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/355

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du christianisme est excessivement difficile. Laissez-moi vous citer quelques traits.

« Une jeune fille, de famille noble, entendit parler de la religion chrétienne à l’âge de quinze ans. Embrasée d’un vif désir de la pratiquer, et ne pouvant le faire dans la maison paternelle, elle quitta sa famille. Mais pendant qu’elle voyageait à la recherche des chrétiens, elle fut enlevée par un païen qui l’épousa. Elle resta pendant douze ans dans la maison de son ravisseur, sans pouvoir donner aucune nouvelle à sa famille ou à quelque chrétien. Elle était toujours préoccupée d’une nouvelle fuite, mais elle ne savait où trouver un refuge, et craignait de tomber entre les mains d’un autre ravisseur. Un chrétien ayant entendu, par hasard, un païen de ses amis parler de cette femme, se fit passer pour un de ses parents, fut la voir, la consola, et lui procura quelques livres pour apprendre la doctrine chrétienne et les prières ; mais jusqu’à présent, il n’y a pas eu moyen de lui administrer les sacrements.

« J’ai vu une autre femme nommée Anne, aussi de race noble, qui, retenue dans une maison païenne depuis dix-neuf ans, n’a pas pu communiquer avec les fidèles, et par conséquent est restée privée des sacrements. Cette année même, elle put envoyer de ses nouvelles à un chrétien de ses parents, qui réussit à la voir et à lui parler. Je me trouvais alors dans un oratoire éloigné de cinquante lys de la maison d’Anne. Ce chrétien vint me raconter avec quelle impatience Anne m’attendait, et combien elle était digne de compassion. Seule dans un village entièrement livré au culte des idoles, elle n’avait jamais, pendant tant d’années, manqué à ses devoirs de chrétienne. Elle soupirait sans cesse après les sacrements, et priait Dieu de lui envoyer un de ses ministres. Souvent dans sa désolation, elle prenait un petit morceau de toile européenne, et en le regardant elle pensait à l’Europe, aux missionnaires, et se consolait en disant que puisque cet objet avait pu être apporté de France, des missionnaires pourraient de nouveau venir du même pays, et qu’elle les verrait. Je fus vivement ému de ce récit, et quoique je ne visse aucune possibilité d’approcher de cette fidèle chrétienne, j’espérai que le bon Dieu et la bienheureuse Vierge Marie, enfin propices à ses vœux, me fourniraient les moyens de lui administrer la Pénitence et l’Eucharistie. Muni du très-saint Sacrement, notre seule consolation ici-bas, je me dirigeai en toute hâte vers le village d’Anne. Tout le monde étant païen dans ce village, je n’avais aucun endroit convenable pour y déposer la sainte Eucharistie,