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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/353

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elle se présentait. En arrivant à Pien-men, je trouvai les courriers que Mgr Fcrréol avait envoyés. Je m’y pris auprès d’eux de toutes les manières possibles pour les décider à introduire le P. Maistre avec moi. Mais la prudence s’y opposait, et je fus bien peiné d’être contraint de laisser en Chine ce cher Père tout désolé de ce contre-temps, et de continuer seul mon chemin, pour aller briser les terribles portes de la Corée. Je ne voyais aucune possibilité de déjouer la vigilance de la douane. Tout ce que j’avais d’espoir et de confiance reposait sur la toute-puissance de la miséricorde divine.

« Appuyé sur le bras de Dieu et tout préparé à la prison, je m’approchai de la douane pendant la nuit. D’habitude, il y a des sentinelles sur les rives du Ya-lou-kiang, sur les murs et aux portes de la ville. Mais la nuit était très-profonde et très-orageuse ; la violence du vent et la rigueur du froid avaient très-probablement forcé les soldats à se réfugier dans les maisons, car nous franchîmes la douane sans que personne nous aperçût ou nous fît la moindre question. Après avoir échappé à ce danger, nous arrivâmes à Séoul sans grandes difficultés. J’y restai un jour, puis je voulus continuer ma route pour aller rejoindre Monseigneur qui alors se trouvait dans la province de Tsiong-tsieng. Mais auparavant je dus aller voir le P. Daveluy alors très-gravement malade. Je lui administrai l’Extrême-Onction, puis je me rendis auprès de Monseigneur que je trouvai aussi malade de la fièvre. Je passai un jour avec lui et, sans prendre aucun repos, je commençai l’exercice du saint ministère, en débutant par la province de Tsien-la. Dieu me protégea, et en six mois je parcourus paisiblement cinq provinces.

« En deux endroits seulement, je fus exposé à quelque danger. Dans un petit village, se trouvaient seulement trois chrétiennes, habitant des maisons païennes, avec leurs parents et leurs maris également païens. Je voulus les visiter. Accompagné de mon catéchiste et muni de ma chapelle, j’allai sur le soir loger dans une maison de très-chétive apparence. Des païens me virent entrer et, soupçonnant que j’étais Européen, ils coururent aussitôt prévenir le chef du village. Celui-ci fit publier qu’à la nuit les anciens auraient à se réunir au tribunal, afin de s’emparer de ma personne et de me condamner à mort. Nous étions entre les mains de nos ennemis, la fuite était impossible, car tout le village nous gardait, et du reste, en fuyant nous n’aurions fait qu’exaspérer les païens contre nous et contre la maison où nous étions descendus. Nous nous réfugiâmes donc sous la protec-