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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/350

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prédication de l’Évangile. Leurs noms seront toujours chers aux églises de l’extrême Orient, et, malgré tous les désastres qui ont suivi, la mission de Corée en particulier n’oubliera pas ce qu’ils ont fait, et surtout ce qu’ils voulaient faire pour elle.

Une lettre de M. Daveluy, de septembre 1848, nous montre l’effet fâcheux qu’eut, à l’intérieur de la Corée, le départ des Français. « Dans ce pays on est fort vexé de voir sans cesse des navires étrangers. Je dis : sans cesse, car les Français étant venus deux fois, il n’est plus question pendant toute l’année que d’eux et de leurs vaisseaux ; on les annonce par dizaines ; il semblerait que toute la marine française est sur les côtes. Cette fois encore, après le départ de nos compatriotes, des pétitions très-formelles pour faire saisir et exterminer jusqu’au dernier chrétien furent adressées au roi, à diverses reprises. La persécution semblait imminente, à ce point que Mgr Ferréol, dans les environs de la capitale, fut obligé de cesser l’administration, et se cacha quelque temps. Mais Dieu comprima les efforts des impies, et ces bruits n’eurent pas de suite. Toutefois, la haine contre la religion augmenta partout ; un village chrétien fut entièrement pillé par les satellites et les païens du voisinage, sans aucun ordre du mandarin. Mgr Ferréol ayant été vu par les païens dans l’administration des sacrements, il y eut dénonciation à l’autorité ; les chrétiens appelés répondirent adroitement, et, grâce sans doute au caractère pacifique du magistrat qui les interrogeait, leurs réponses furent acceptées.

« Dans les provinces, on ne parlait que d’étrangers et de chrétiens ; c’est encore maintenant une affaire majeure dans le pays, tous s’en occupent. On appelle en riant les navires français des Avale-mandarin. La raison en est que, d’après une vieille loi du royaume, le mandarin vis-à-vis de l’arrondissement duquel des vaisseaux étrangers jettent l’ancre est immédiatement destitué. Jusqu’ici la venue des navires n’a eu d’autre effet direct que de faire disgracier tous ceux qui en ont donné la nouvelle. N’ayant vu personne cette année, je pense que les Français ne reparaîtront pas, et vraiment, s’ils ne veulent pas agir avec énergie, il vaut mieux qu’ils ne se montrent plus. »

M. Maistre, après son retour de Ko-koun-to, s’était retiré à Chang-haï avec le diacre Thomas, ils espéraient s’embarquer sur le navire français qui devait aller recueillir les débris de la Gloire et de la Victorieuse, mais au milieu des préoccupations politiques de 1848, on négligea d’envoyer ce navire, et toute l’année s’écoula dans une vaine attente. S’ils avaient pu aller jusqu’à Ko-koun-to,