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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/331

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supporter, et fut assez bien traité jusqu’au moment où on le condamna à mort comme ennemi de l’État et chef secondaire des chrétiens.

Malgré cette fin glorieuse, un nuage épais est resté sur la mémoire de Charles Hien. À l’époque de son arrestation, il vivait maritalement avec Catherine Tsieng, surnommée Tok-i, qui fut saisie avec lui et mise à mort le même jour. Les missionnaires ignoraient le fait, et très-peu de chrétiens en avaient alors connaissance, mais néanmoins la chose est hors de doute. Était-ce un concubinage, ou, comme l’ont affirmé quelques-uns, un mariage clandestin, que Charles n’osait avouer parce que Catherine était une esclave ? on n’a jamais pu le savoir d’une manière certaine. La dernière opinion semble beaucoup plus probable, car l’un et l’autre moururent courageusement pour Jésus-Christ, et refusèrent de racheter leur vie par un mot ou un signe d’apostasie.

Les quatre personnes arrêtées avec Charles Hien étaient Catherine Tsieng, Agathe Ni, Suzanne Ou, et Thérèse Kim.

Catherine, esclave d’un noble païen nommé Kim, fut instruite de la religion par un des membres de la famille de son maître, et se mit à la pratiquer avec beaucoup de ferveur. Elle était âgée de vingt ans, quand un jour, au solstice d’hiver, on voulut la forcer de prendre part aux superstitions habituelles. Elle refusa énergiquement, et son maître furieux lui fit lier les bras derrière le dos, et attacher au corps une grosse meule ; puis on la jeta ainsi garrottée sur un tas de bois, jusqu’à la fin des cérémonies. La fête terminée, Kim la battit lui-même si cruellement que tout son corps n’était plus qu’une plaie ; elle tomba sans connaissance, et ne fut guérie qu’après quatre ou cinq semaines. Le jour des sacrifices du printemps, la même scène se renouvela avec plus de violence encore ; son maître voulait la tuer sur place. Aussi, à peine rétablie, Catherine s’enfuit secrètement à la capitale, où elle put vivre chez les chrétiens dans la pratique tranquille de la religion. Elle demeurait comme servante dans la maison du P. André Kim, lorsqu’elle fut arrêtée avec Charles Hien. — Agathe Ni avait été mariée à l’âge de dix-huit ans. Devenue veuve trois ans plus tard, elle eut le bonheur d’entendre parler de la religion, se convertit et fut baptisée par le P. Pacifique. Elle réussit ensuite à amener à la foi sa belle-mère et deux autres personnes de sa maison. Quand éclata la persécution de 1846, elle se cacha pendant quelque temps, mais à la cinquième lune, elle fut rencontrée et saisie par les satellites, dans la maison de Charles Hien où se elle trouvait en passant. Agathe sans changer de