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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/33

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avec distinction, et me donna la première place. Pendant le trajet, qui ne fut pas long, on m’examina de la tête aux pieds. On trouva que j’étais habillé trop simplement. On me fit quelques questions, dont voici les principales : « Êtes-vous religieux ? — Non, je suis prêtre séculier. — Où allez-vous ? — En mission. — Combien vous donne votre gouvernement ? — Rien du tout. — Quelles rentes avez-vous donc ? — Aucune, nous n’avons que ce que nous donnent volontairement nos pieux et charitables compatriotes. — Que venez-vous faire à Manille ? — Rien, mon dessein est d’aller aussitôt à Macao. — Mais n’était-il pas plus simple d’aller directement de Singapour à Macao ? — Sans doute, si j’avais eu de l’argent pour payer mon passage. — Mais n’en avez-vous pas eu pour venir ici ? — J’en ai eu, parce que l’on m’en a prêté ? — Pourquoi ne vous en a-t-on pas prêté pour aller en droiture à Macao ? — Parce qu’il aurait fallu une plus forte somme, et que je n’aurais pu la trouver. J’espère rencontrer à Manille quelque généreux Espagnol, qui me rendra le même service pour continuer ma route jusqu’à Macao. » On me fit entendre que je ne serais pas trompé dans mon attente. Cependant on était un peu étonné de voir un ecclésiastique s’exposer à de si longues courses, sans avoir des rentes fixes et assurées. Lorsque nous eûmes débarqué, un officier me donna sa voiture pour me conduire à l’archevêché, et retourna à pied chez lui : en aurait-on fait autant en France ? Mgr Ségui, de l’ordre des Augustins, archevêque de Manille, me reçut comme il reçoit tous les missionnaires français : il a été lui-même missionnaire dans la province de Canton en Chine.

« Je passai peu de jours à Manille. Le 12 octobre au soir, je montai à bord d’un navire américain qui faisait voile pour Canton. Monseigneur l’Archevêque me donna l’argent nécessaire pour payer mon passage ; je ne l’acceptai qu’à titre de prêt : il lui fut exactement remboursé à Macao. Je lui demandai le secours de ses prières. « Dans quelque temps, me répondit-il, je pourrai aider les missionnaires autrement que par des prières. » Il me dit pour dernier adieu : « Vous ne réussirez pas dans votre entreprise. » Je ne crus pas alors qu’il fût prophète ; car, pour moi, j’ai toujours pensé qu’il fallait espérer même contre toute espérance.

« Le 13 au matin, nous sortîmes de la baie de Manille ; et le 17, malgré le courant et les vents contraires, nous fûmes en vue de Macao. Le 18, je descendis à terre ; j’allai directement chez M. Umpières, procureur de la Sacrée Congrégation de la Propagande.