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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/310

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CHAPITRE IV.

État de la mission à l’arrivée de Mgr Ferréol. — Nouvelle tentative inutile de M. Maistre. — Martyre du P. André Kim.


Mgr Ferréol, à peine arrivé en Corée, se dirigea vers la capitale, comme étant à la fois le centre de la mission et l’endroit où il pourrait se cacher avec le plus de sécurité. Quelques chrétiens timides avaient essayé de l’effrayer, en lui représentant les dangers qu’il ne manquerait pas de courir ; heureusement, ces dangers n’existaient que dans leur imagination. Mgr Ferréol se déguisa sous des habits de deuil, arriva sans encombre à son poste, et commença de suite la visite des chrétiens.

De son côté M. Daveluy s’installa dans la petite chrétienté qui lui avait été assignée par son évêque. Les braves gens qui lui donnaient l’hospitalité au péril de leur vie, étaient des chrétiens des environs de la capitale, qui, chassés par la persécution, s’étaient retirés dans un pays sauvage, où ils vivaient pauvrement de la culture du tabac. Il n’y avait que sept familles, en tout trente ou trente-deux personnes. On ne peut dire combien ils étaient heureux de posséder le missionnaire. Presque tous assistaient chaque jour à la messe, et ils ne quittaient presque pas le prêtre, s’amusant à le voir prendre ses repas, à l’entendre bégayer les premiers mots de leur langue. Au bout de deux mois il commença à les comprendre un peu, et à être compris d’eux.

L’Église de Corée était alors dans un triste état. Après la mort des pasteurs, toutes les chrétientés avaient été dispersées. Poursuivis sans cesse par la rage des persécuteurs, les néophytes s’étaient réfugiés dans les provinces païennes, qui seules offraient un peu de sécurité. Tout avait été dévoilé par les traîtres, et chaque fidèle devait cacher sa foi avec le plus grand soin, sous peine d’être immédiatement saisi. Les ouvriers étaient obligés de quitter leur profession, parce qu’à chaque instant ils avaient à faire des ouvrages plus ou moins directement entachés de superstition. S’ils refusaient, on les dénonçait aux magistrats comme chrétiens : s’ils acceptaient, ils agissaient contre leur conscience. Il faut bien l’avouer, le plus grand nombre, pour ne pas se trahir, participaient aux cérémonies païennes. Mêlés qu’ils étaient avec les idolâtres, leur vie n’avait plus rien de chrétien, les passions avaient repris toute leur force, l’exemple les avait entraînés dans