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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/305

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à son bord, la fête de la Nativité de la Sainte Vierge. Nous acceptâmes d’autant plus volontiers que nous devions jouir encore de la compagnie de l’excellent M. Faivre ; les équipages de plusieurs autres barques chrétiennes se rendirent à la fête. Quatre messes furent dites ; tout ce qu’il y avait là de fidèles communièrent. Le soir, des fusées s’élancèrent dans les airs en gerbes de feu ; c’étaient nos adieux à la Chine et le signal du départ.

« Nous levâmes l’ancre, nous attachâmes notre barque à la jonque chinoise avec un gros câble, et nous reprîmes notre course vers la Corée.

« Le commencement de notre navigation fut assez heureux ; mais bientôt à la brise qui enflait nos voiles, succéda un vent trop violent pour notre frôle embarcation ; des lames d’une grosseur énorme semblaient à chaque instant devoir l’engloutir. Néanmoins nous soutînmes sans avarie leurs assauts pendant vingt-quatre heures. La seconde nuit, notre gouvernail fut brisé, nos voiles se déchirèrent ; nous nous traînions péniblement à la remorque. Chaque vague jetait dans notre barque son tribut d’eau ; un homme était sans cesse occupé à vider la cale. Oh ! la triste nuit que nous passâmes !

« À la pointe du jour, nous entendîmes crier le P. André d’une voix à demi étouffée par la terreur ; nous montâmes sur le pont, M. Daveluy et moi. Nous y étions à peine, qu’il s’en écroula une partie ; c’était l’endroit au-dessous duquel nous habitions ; un moment plus tard, nous eussions été écrasés par la chute des planches. André s’efforçait d’avertir le capitaine chinois de changer de direction, celle qu’il suivait nous conduisant vers la Chine ; mais le bruissement des flots couvrait sa voix. Nous criâmes aussi de notre côté ; nous parvînmes enfin à nous faire entendre, et quelqu’un parut sur l’arrière de la jonque ; mais il ne put rien comprendre à nos paroles, ni à nos signaux.

« Dans le péril où nous étions, le P. André nous dit qu’il était prudent pour les deux missionnaires de quitter la barque coréenne, et de monter sur la jonque ; que pour lui et ses gens, ils ne pouvaient nous suivre en Chine, parce que d’après la loi d’extradition ils seraient conduits à Péking, et de là dans leur patrie, où une mort cruelle leur était réservée ; que la mer, toute orageuse qu’elle était, leur offrait moins de péril ; qu’enfin la Providence disposerait d’eux comme elle le voudrait, mais qu’il importait avant tout de conserver à la mission de Corée son évêque.

« Quelque peine que nous eussions à abandonner ainsi des