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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/298

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plus revenir dans cette famille, parce qu’elle était dans l’appréhension que les mandarins ne lui fissent un crime de l’hospitalité qu’elle lui avait un instant donnée. Cette maladie de la peur est un peu épidémique chez les Chinois, et nous sommes obligés d’user de beaucoup de ménagements avec nos pauvres chrétiens.

« Après avoir renvoyé André à son équipage, qui avait grand besoin de lui dans les premiers moments d’une position si critique, je m’empressai d’aller visiter ces braves gens à leur bord. Vous pouvez juger, mon révérend Père, de la consolation que j’éprouvai en me voyant au milieu de douze chrétiens, presque tous pères, fils, ou parents de martyrs. L’un deux a eu sa famille presque tout entière immolée pour la cause du Seigneur ; il n’y a pas jusqu’à son petit enfant de onze ans qui n’ait voulu s’en aller au ciel par la voie du martyre. Dès la première entrevue il fut question de confession, mais André voulut d’abord remettre sa jonque un peu en état, afin que je pusse y dire la messe. Quand elle fut prête, on vint m’avertir et je m’y rendis le soir, résolu d’y passer la nuit, pour célébrer les saints mystères le lendemain. Mais il fallait d’abord confesser nos braves Coréens, qui le désiraient grandement. Il y avait six à sept ans qu’ils n’avaient pas vu de prêtre ; Mgr Imbert et MM. Maubant et Chastan, les derniers missionnaires de la Corée, ayant été martyrisés en 1839.

« Comme ces bons néophytes n’entendaient guère mieux le chinois que je ne comprenais leur coréen, je leur fis exposer nettement ce que la théologie enseigne sur l’intégrité de la confession, quand on ne peut l’accomplir que par interprète ; mais ils ne voulurent point user de l’indulgence accordée en pareille occasion. « Il y a si longtemps que nous n’avons pu nous confesser, » disaient-ils, « nous voulons tout dire. » Donc, après m’être assuré qu’ils étaient suffisamment instruits des mystères de la religion, je m’assis sur une caisse, et mon cher diacre vint le premier. Sa confession faite, il resta en place, à genoux, appuyé sur ses talons, pour servir d’interprète aux matelots, qui arrivèrent l’un après l’autre, se jetant à genoux à côté de lui ; il tenait ainsi le milieu entre le confesseur et le pénitent. Avant de commencer la confession, je faisais répéter par l’interprète à chacun des pénitents ce que j’avais dit d’abord à tous de la non-obligation de confesser toutes ses fautes en pareil cas ; mais j’obtenais constamment la même réponse : « Je veux tout dire. »

« Ces confessions me retinrent donc plus de temps que je ne pensais : tous firent l’aveu de leurs fautes avec une ferveur admirable ; quand je finis, il était à peu près l’heure de dire la messe.