Ouvrir le menu principal

Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/296

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


disaient : « Comment cet homme qui est Coréen est-il l’ami intime des Anglais, et comprend-il leur langue ? » Ils en étaient tout stupéfaits. Faisant voile de Wou-song, nous entrâmes dans le port de Chang-haï. Deux Anglais vinrent à nous et voulurent que j’allasse avec eux. C’est pourquoi, confiant mon embarcation au pilote chinois, je descendis dans leur canot et arrivai avec eux à Chang-haï. Je demandai aux Anglais un guide pour me conduire au consul. M. Arthur John Empson, officier anglais qui parlait le français, écrivit pour moi une lettre au consul qui me reçut très-bien. Je lui exposai notre situation en le priant de me protéger contre les Chinois. Mgr Ferréol l’avait déjà prévenu de notre arrivée et réclamé pour nous sa protection. J’allai ensuite chez les chrétiens, et après deux jours d’attente, arriva le Père Gotteland, de la Compagnie de Jésus, que j’avais connu à Macao et au Kiang-nan. Je reçus de lui cinq cent quatre-vingts piastres ; j’en donnai quatre cents au pilote chinois, et j’en dépensai trente pour les chrétiens.

« Cependant les mandarins de Chang-haï envoyèrent leurs agents faire aux Coréens un grand nombre de questions, et placèrent près d’eux des sentinelles pendant la nuit. Le Tao-tai vint lui-même avec ses ministres visiter le navire, et à son retour y envoya vingt mesures de riz et vingt livres de viande. En revenant je trouvai les chrétiens tout troublés de ce que les mandarins leur avaient fait une foule de questions, et de ce que des milliers de Chinois étaient accourus pour les voir. Les mandarins, me sachant de retour au navire, envoyèrent leurs employés me demander les raisons pour lesquelles nous étions venus, et les noms, l’âge, le domicile de chacun de nous, etc.

« Je satisfis à leurs demandes, en avertissant, du reste, les mandarins de ne plus envoyer personne nous molester : puis, j’ordonnai de remporter le riz et la viande. Je dus aller deux fois chez les mandarins pour régler diverses affaires, et faire cesser quelque molestations. Ils firent un rapport détaillé au magistrat de Song-king-fou, qui répondit qu’il me connaissait (il avait peut-être entendu parler de moi lorsque j’étais avec le capitaine Cécile), et qu’il m’accordait la permission de séjourner à Changhaï, aussi longtemps que je voudrais. D’ailleurs, je reçus à coups de bâton les Chinois que leur curiosité entraînait trop loin, et je tançai vertement certains employés subalternes qui usaient à mon égard de procédés incivils ; ils furent punis par les mandarins.

« Les habitants de Chang-haï s’imaginent que je suis un grand personnage ; les mandarins me voyant converser amicalement