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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/284

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foule de vagabonds chinois et coréens : les uns poussés par l’esprit d’indépendance ; les autres pressés d’échapper au châtiment dû à leurs méfaits ou à la poursuite de leurs créanciers. Accoutumés au brigandage et au crime, ils n’ont ni mœurs ni principes. Ils viennent cependant, m’a-t-on dit, de se choisir un chef pour réprimer leurs propres désordres, et se donner une existence plus régulière. D’un commun accord, ils ont décidé qu’on enterrerait vif tout homme coupable d’homicide ; leur chef lui-même est soumis à cette loi. Comme ils n’ont pas de femmes, ils en enlèvent partout où ils en trouvent. Ce petit État, qui ne ressemble pas mal à l’antique Rome dans ses premières années, en aura-t-il les développements ? C’est ce que l’avenir dévoilera.

« Non loin de la frontière coréenne, au milieu de la forêt, s’élance vers les nues le Ta-pei-chan ou la Grande-Montagne-Blanche, devenue célèbre en Chine par le berceau de Han Wang, chef de la famille impériale actuellement sur le trône. Sur le versant occidental a été conservée, à l’aide de réparations, son antique demeure, lieu entouré, par la superstition chinoise, d’un culte religieux ; le dévot pèlerin y vient des contrées les plus lointaines incliner son front dans la poussière. Les auteurs sont partagés sur l’origine de Han Wang : les uns disent qu’il fut d’abord chef de voleurs et qu’il exploitait les pays d’alentour ; que, se voyant à la tête d’un parti nombreux, il jeta les fondements d’une puissance royale. D’autres soutiennent, pour sauver son honneur, que c’était un de ces petits roitelets comme il y en a beaucoup en Tartarie, et qu’il ne fit qu’agrandir l’héritage qu’il avait reçu de ses pères…

« Je reviens au récit de mon voyage. Le 20 de la première lune, le mandarin coréen de Kien-wen transmit à Houng-tchoung la nouvelle que le commerce serait libre le lendemain. Dès que le jour parut, nous nous hâtâmes, mon compagnon et moi, d’arriver au marché. Les approches de la ville étaient encombrées de monde ; nous marchions au milieu de la foule, tenant en main notre mouchoir blanc, et portant à la ceinture un petit sac à thé de couleur rouge : c’était le signe dont on était convenu et auquel les courriers coréens devaient nous reconnaître ; de plus, c’était à eux de nous aborder.

« Nous entrions dans la ville, nous en sortions, personne ne se présentait. Plusieurs heures s’écoulèrent ainsi ; nous commencions à être dans l’inquiétude. « Auraient-ils manqué au rendez-vous ? » nous disions-nous l’un à l’autre. Enfin, étant allés abreuver nos chevaux à un ruisseau qui coule à trois cents pas de