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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/277

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de sa victoire, le bois d’un cerf et la peau d’un tigre. Le chef du convoi funèbre jetait par intervalle sur la voie publique du papier monnaie, que l’âme du défunt devait ramasser pour s’en servir au pays d’outre-tombe. Ces pauvres gens, hélas ! étaient loin de penser que la foi et les bonnes œuvres sont, dans l’autre monde, la seule monnaie de bon aloi. Sa Majesté chinoise s’est réservé à elle seule le droit de chasser dans ces forêts, ce qui n’empêche pas une foule de braconniers chinois et coréens de les exploiter à leur profit.

« Avant d’atteindre la route qui perce la forêt jusqu’à la mer orientale, nous traversâmes un petit lac de sept à huit lieues de large ; il était glacé comme la rivière qui l’alimente. Il est célèbre dans le pays par le nombre de perles qu’on y pêche pour le compte de l’empereur. On le nomme Hei-hou ou Hing-tchou-men : Lac noir ou Porte aux pierres précieuses. La pêche s’y fait en été. En sortant de la Porte aux perles, nous entrâmes dans une hôtellerie. Le premier jour du nouvel an chinois approchait, jour de grande fête, de grands festins et de joyeuse vie. Tout voyageur doit interrompre sa course pour le célébrer. L’aubergiste nous demanda d’où nous venions et où nous allions. « De Kouan-tcheng-tse, » lui dîmes-nous, « et nous allons à Houng-tchoung ; mais nous ne savons pas le chemin qui y conduit. — En ce cas, » poursuivit-il, « vous allez demeurer chez moi ; voici la nouvelle année : dans huit jours, mes chariots doivent se rendre au même endroit : vous mettrez dessus votre bagage et vos provisions, et vous partirez à leur suite ; en attendant, vous serez bien traités. » Son offre fut acceptée avec remercîment. Nos chevaux, d’ailleurs, étaient si fatigués qu’une halte de quelques jours leur était nécessaire.

« À l’époque du nouvel an, les païens se livrent à de curieuses superstitions. Les gens de l’auberge passèrent la première nuit en veille. Vers l’heure de minuit, je vis s’approcher du khang ou fourneau qui me servait de lit, un maître de cérémonies affublé de je ne sais quel habit étrange. Je devinai son intention ; je fis semblant de dormir. Il me frappa légèrement à plusieurs reprises sur la tête pour m’éveiller. Alors comme sortant d’un sommeil profond : « Qu’est-ce donc ? qu’y a-t-il ? » lui dis-je. — « Levez-vous : voici que les dieux approchent ; il faut aller les recevoir. — Les dieux approchent !… D’où viennent-ils ? quels sont ces dieux ? — Oui, les dieux, les grands dieux vont venir ; levez-vous, il faut aller à leur rencontre. — Eh ! mon ami, un instant. Tu le vois, je suis en possession du dieu du som-