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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/273

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« Novice comme je le suis dans les missions, c’eût été pour moi un bien grand bonheur de me former à l’école de Mgr de Capse, de profiter des lumières et de l’expérience de cet ancien apôtre ; mais le Seigneur m’en a privé : que sa sainte volonté soit faite ! Vous voudrez bien, Messieurs et très-chers Confrères, prier Dieu de venir au secours de ma faiblesse, de me donner la force et le courage nécessaires pour porter le lourd fardeau qui m’est imposé…

« J’ai la confiance de voir à la fin de cette année s’ouvrir devant moi cette porte, à laquelle je frappe depuis trois ans. Les chrétiens réclament de nouveaux missionnaires : ils en ont écrit la demande sur une bande de papier, dont ils ont fait une corde qui ceignait les reins du courrier coréen. La sévérité des douanes nécessite de pareilles précautions. M. Maistre est arrivé heureusement sur les côtes du Léao-tong. Probablement ce cher confrère sera forcé, comme je l’ai été moi-même, de faire une longue quarantaine avant de pouvoir entrer. Nous avons nos deux élèves coréens avec nous : ils sont bien pieux et bien instruits ; ils poursuivent leur cours de théologie ; Dieu en fera les prémices du clergé de leur nation.

« Séparé de Mgr Verrolles par dix journées de chemin, je n’ai pu encore recevoir la consécration épiscopale ; j’ai lieu de croire qu’elle se fera dans le courant du printemps prochain. La vie des apôtres est bien précaire dans ce pays ; c’est donc une nécessité pour nous, de nous jeter tête baissée au milieu des dangers, sans autre bouclier que notre confiance en Dieu. Veillez donc, chers Confrères, à ce qu’après nous cette mission ne retombe plus dans le veuvage. Des deux premiers évêques envoyés à la Corée, l’un meurt à la frontière, sans pouvoir y pénétrer ; l’autre n’y prolonge pas ses jours au delà de vingt mois. Qu’en sera-t-il du troisième ?… D’après ce qu’on dit, c’est une terre qui dévore les ouvriers évangéliques. Me voilà très-avantagé dans l’héritage des croix ; ma position n’en est que plus digne d’envie. »

M. Maistre n’était ni moins résolu, ni moins heureux de l’avenir qui s’ouvrait devant lui. « Je sais, écrivait-il à M. Albrand, directeur du séminaire des Missions-Étrangères, je sais tout ce qui m’est réservé de fatigues, de privations et de dangers. Dieu soit béni ! C’est là ce que je suis venu chercher. Soyez béni à jamais, Seigneur, et que toutes les créatures ne cessent point de vous louer ! Que partout désormais, votre croix dans une main, vos saintes Écritures dans l’autre, baisant successivement l’évangile du salut et le cher et auguste signe de ma rédemption, je