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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/244

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tagnes, se présentaient à ma pensée, et je me disais : Quel sera donc le dénouement de tout ceci ? Toutefois je ne perdais point l’espérance. Le 10 de la douzième lune, je fus cité devant le juge qui me fit administrer une bastonnade extraordinaire. Par mes seules forces comment eussé-je pu la supporter ? Mais soutenu de la force de Dieu, par l’intercession de Marie, des anges, des saints et de tous nos martyrs, je croyais presque ne pas souffrir. Jamais je ne pourrai payer une pareille grâce, et l’offrande de ma vie est bien juste. Toutefois ma conduite étant si peu réglée et mes forces si nulles, j’étais dans la confusion et la crainte.

« Mais pourquoi s’inquiéter devant Dieu qui connaît tout ? Dans son infinie bonté, il a daigné envoyer son Fils pour nous en ce monde ; ce divin Fils fait homme a, pendant trente-trois années, supporté mille souffrances, il a versé jusqu’à la dernière goutte de son sang pour donner la vie à tous les peuples dans tous les siècles. Et moi malheureux, dans toute ma vie, je n’ai jamais su le louer ni le remercier ; je n’ai pas eu le courage de faire pour lui un acte de vertu gros comme l’extrémité d’un cheveu. Que dis-je ? aucun jour ne s’est passé sans que je l’aie offensé et trahi au gré de mes caprices ; je n’ai fait que perdre mon temps. Comment ai-je donc pu être si stupide et si ingrat ?

« Cette vie n’est qu’un instant, et le corps est une chose bien vaine. Quand l’âme s’en est séparée, après une dizaine de jours, regardez ce cadavre ; quelle chose misérable et digne de pitié ! L’odorat ne peut supporter cette pourriture ; les yeux, les oreilles, le nez et la bouche ne se distinguent plus ; tout le corps est en dissolution, et il ne reste guère que les os. Cette vue coupe la respiration, et l’intelligence en est toute troublée. Hélas ! hélas ! voilà pourtant ce corps que l’on veut, à tout prix, bien nourrir et vêtir délicatement ! Pendant la vie on flatte ses passions et ses inclinations déréglées, on suit tous ses désirs de grandeur, de richesse, d’aisance et de plaisirs. Pour lui, on se fait de gaieté de cœur l’esclave du démon, on oublie l’éternel bonheur de la véritable patrie ; on met tout son cœur, toutes ses forces à choyer cette pâture des vers, et la pensée que l’âme immortelle va tomber en enfer pour y brûler éternellement ne fait pas trembler ! Vivre ainsi n’est-ce pas s’assimiler aux animaux ? Que dis-je ? les animaux, eux, n’ont pas d’âme à sauver, mais l’homme qui a une âme, mener ainsi la vie des animaux, quelle horreur !

« Comment peut-on être assez insensé, pour ne pas penser au redoutable jugement qui suivra ? On dépense le temps à des inutilités, et après cette vie il ne reste que d’affreux regrets. Le