Ouvrir le menu principal

Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/238

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


À l’instant, Madeleine mit en pièces tous les ustensiles de ce culte superstitieux. Mais son mari se montra très-irrité, et la belle-mère, craignant qu’il ne lui arrivât des malheurs pour avoir détruit ces objets idolâtriques, reprit ses anciennes pratiques avec plus de zèle qu’auparavant, et tourmenta sa belle-fille pour l’y faire coopérer elle-même. On ne peut dire à combien de vexations et d’injures Madeleine fut alors exposée. Sa belle-mère étant venue à mourir, les superstitions se firent sans discontinuer à cette occasion, selon toutes les règles païennes, et Madeleine eut besoin de toute sa foi et de toute son énergie pour n’y prendre aucune part. Le jour du second anniversaire, une multitude de parents réunis voulurent la forcer de se prosterner devant la tablette de la défunte. Il pouvait y aller de sa vie ; elle osa encore résister en face, et, depuis lors, les persécutions domestiques firent de sa vie un martyre continuel. Elle ne pouvait plus avoir de livre, plus communiquer avec aucun chrétien, plus entendre une parole d’exhortation, plus apprendre un mot de prières. Mais Dieu ne l’abandonna pas dans la tribulation. Elle savait les premières phrases de la prière aux cinq plaies du Sauveur Jésus, et désirait ardemment en apprendre la fin, mais elle ne pouvait se la procurer. Une nuit elle se disait en soupirant : « Si Jésus et Marie voulaient me faire voir cette prière, il serait facile pour moi de l’apprendre. » Tout à coup une voix claire se fait entendre d’en haut et prononce une phrase de cette prière. Madeleine aussitôt, persuadée que ses vœux sont exaucés, se prosterne en terre et répète cette phrase, puis continue la prière comme si elle l’eût sue depuis longtemps. Depuis, elle ne passa pas un seul jour sans réciter cette formule, et plus tard, ayant eu occasion de la voir dans les livres, elle la trouva parfaitement exacte. À la persécution de 1801, elle abandonna sa maison et son petit avoir, se retira en province, et, n’ayant plus aucune ressource, soutint sa vie par la couture et le tissage. Elle devint veuve quelque temps après et put remplir ses devoirs avec plus de liberté. Dieu permit qu’elle eût le malheur d’apostasier une fois dans une persécution, peut-être celle de 1815, mais bientôt, touchée d’un véritable repentir, elle retourna à la capitale et s’efforça, par sa ferveur et son zèle, d’effacer le scandale qu’elle avait donné. Arrêtée à la cinquième lune de 1839, elle prit une ferme résolution de réparer sa chute d’autrefois, subit la question et les tortures dans sept interrogatoires successifs, supporta deux fois la courbure des os et reçut deux cent trente coups de bâton. Son courage, appuyé sur l’humilité, était désormais inébranlable, et