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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/228

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mêmes, touchés de pitié pour son jeune âge et sa modestie, voulaient à toute force la sauver. Ils se mettaient, pour ainsi dire, à ses pieds, la priaient, la conjuraient de se conserver la vie. La moindre parole équivoque l’eût mise à l’abri des poursuites ; elle ne prononça pas cette parole, elle sut repousser les tentations des ministres de Satan, et rester sourde à toutes leurs instances. Citée plusieurs fois devant le juge, elle ne se laissa séduire ni par ses menaces ni par ses caresses, et celui-ci irrité finit par la faire mettre à la question. Ne pouvons-nous pas répéter ici ce que saint Ambroise disait de la glorieuse sainte Agnès : « Y aura-t-il, sur ce petit corps, place pour les blessures ? Mais si son corps peut à peine recevoir le fer, il pourra triompher du fer. Intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, immobile sous leurs coups furieux, ne sachant pas encore ce que c’est que la mort, et déjà prête à mourir, du milieu des tourments tendant les bras au Christ, et dans ce tribunal sacrilège érigeant les trophées victorieux du Seigneur, elle est à peine capable de souffrir, et déjà elle est mûre pour la victoire[1]. » Anastasie, toujours inébranlable, fut enfin condamnée à mort et signa sa sentence. Sa mère, épuisée par la maladie et couverte de plaies par suite des tortures qu’elle avait endurées, s’en alla la première recevoir la couronne, vers la dixième lune, à l’âge de cinquante et un ans. Anastasie, restée seule et sans appui humain, trouva sa force dans le Dieu qu’elle aimait et qui ne lui fit pas défaut. Elle sut persister jusqu’au bout dans son héroïque détermination, et ses juges vaincus, n’osant la faire décapiter publiquement par le bourreau, commandèrent de l’étrangler dans la prison ; ce qui fut fait dans la nuit de la dixième à la onzième lune.

Anastasie est, croyons-nous, la plus jeune de tous les martyrs qui ont été mis à mort dans ce royaume en vertu d’une sentence officielle. C’est à tort que plusieurs notices lui donnent quatorze ans ; elle n’en avait certainement pas plus de douze, puisqu’elle naquit après la fuite de ses parents, pendant la persécution de 1827. Quelle gloire pour la religion d’avoir d’aussi intrépides témoins d’un âge aussi tendre ! Quelle promesse de glorieux avenir pour le peuple qui fournit à la vérité de pareils défenseurs !

Madeleine Ni, du district de Keum-san, mariée au frère de François Kim Sieng-sie, devint veuve avant l’âge dé vingt ans. N’ayant point d’enfants, elle s’appliqua dès lors uniquement au salut de son âme et à l’accomplissement de ses devoirs de piété

  1. Saint Ambroise, De Virginibus, lib. I.