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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/22

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à Péking, qu’il y a un missionnaire qui les attend dans telle ou telle autre ville du Chan-si ou du Su-tchuen ; les chrétiens étant avertis, on avise aux moyens de continuer la route vers la Corée ; on voit si on doit se rendre jusqu’à la grande muraille sous la conduite des courriers chinois ; on a un rendez-vous, des signes convenus ; on use de tous les moyens que la sagacité jointe à la prudence peut suggérer ; enfin on réussit. Mais admettons que les difficultés sont insurmontables, qu’il est impossible de pénétrer dans ce pays. Eh bien ! il faut tenter l’impossible ; ce qui est impossible aux hommes ne l’est pas à Dieu. On observe que le moyen suggéré de s’y rendre par mer est impraticable, soit parce que les Européens ne font aucun commerce avec la Corée, soit parce qu’il est trop dangereux de s’abandonner à la bonne foi des Chinois, qui seuls vont quelquefois trafiquer sur les côtes de Corée ; mais, je le demande, ces considérations ont-elles empêché saint François Xavier de monter à bord d’un corsaire chinois ? Et nos premiers vicaires apostoliques ne se sont-ils pas livrés à la bonne foi des Chinois lorsqu’il a fallu visiter les chrétiens confiés à leurs soins qui se trouvaient dispersés dans tant de royaumes différents ? Ce n’est pas, je l’avoue, un moyen fort sûr : les Chinois égorgent souvent leurs passagers quand ils soupçonnent qu’ils portent de l’argent, mais que faire quand on ne peut trouver mieux ? D’ailleurs on a quelque droit à une providence plus particulière de Dieu lorsqu’après avoir pris toutes les précautions que suggère la prudence, on s’expose généreusement à un danger probable, par le seul et unique désir d’exécuter ses ordres ! J’ai dit : pour exécuter les ordres de Dieu. Cette expression m’a échappé, mais je ne crois pas devoir l’effacer ni même y apporter la moindre modification. En effet, quand Dieu a fait un commandement exprès à tous ses apôtres et leurs successeurs d’aller enseigner toutes les nations, a-t-il excepté la Corée ? Mais ce commandement devient tout autrement rigoureux en faveur de cette intéressante chrétienté dans les circonstances présentes. Eh quoi ! Dieu aurait-il permis qu’un pauvre Coréen devenu chrétien dès que la lumière de l’Évangile a lui à ses yeux, et transformé aussitôt en apôtre, ait converti en très-peu de temps plusieurs milliers de ses compatriotes, afin que cette bonne œuvre ne pût plus être continuée ? La lumière de la foi n’aurait-elle brillé un instant à leurs yeux que pour disparaître aussitôt et les replonger dans de plus épaisses ténèbres ? Cette nouvelle Église formée pour ainsi dire par elle-même, qui a donné à Jésus-Christ dès son berceau tant d’intrépides martyrs, tant de chastes vierges comparables à ce que les siècles