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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/219

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Mais dire ce que l’Évangile est réellement, c’était le justifier ; mieux valait la calomnie.

À la fin de la proclamation, le roi attribue à ses péchés tous les malheurs qui sont venus fondre sur le royaume, et surtout le plus grand de tous : l’invasion de cette doctrine étrangère ; il engage tous ses fidèles sujets à se rattacher plus que jamais à la religion des lettrés ; et il déclare qu’en sa qualité de père du peuple, il est tenu de combattre l’erreur par tous les moyens possibles, et de mettre à mort ses propagateurs et ses chefs.

Le jour même où cet acte fut publié, une généreuse chrétienne obtenait, par le martyre, la récompense d’une longue vie de vertu et de dévouement. C’était la mère de Paul Tieng, Cécile Niou, que le célèbre martyr de 1801, Augustin Tieng, avait épousée en secondes noces. Instruite de la religion par son mari, elle conserva toujours sa première ferveur. Après la mort d’Augustin, Cécile demeura longtemps en prison avec ses trois enfants. Quand on la mit en liberté, toute sa fortune avait disparu. N’ayant plus aucune ressource, elle se retira à Ma-tsai, chez son beau-frère, qui, loin de venir à son secours, lui suscita mille persécutions domestiques, et la laissa languir dans une extrême pauvreté. L’aînée de ses filles mourut bientôt, ainsi que la femme et le fils du martyr Charles Tieng, son beau-fils ; il ne lui resta que son fils Paul et sa fille Élisabeth. Un jour elle eut un songe. Elle entendit son mari Augustin qui lui disait : « J’ai bâti au ciel une demeure de huit appartements. Déjà cinq sont remplis ; les trois autres attendent. Supportez patiemment les misères de la vie, et surtout ne manquez pas de venir nous rejoindre, » La famille se composait, en effet, de huit personnes dont cinq déjà mortes : Augustin et son fils Charles, martyrs en 1801 ; la fille d’Augustin, la femme et le jeune fils de Charles, qui venaient de succomber aux privations et aux mauvais traitements. Ce songe, qui devait avoir sa réalisation complète, la frappa beaucoup et ranima son courage.

Son fils Paul, tout entier à son grand projet de faire pénétrer les missionnaires en Corée, dut vivre longues années séparé de sa mère. C’était pour celle-ci une bien rude épreuve, et chaque fois qu’il partait pour ses voyages de Péking, le cœur de Cécile était déchiré, car elle croyait lui faire des adieux éternels. Lorsque Paul se fut attaché au service des prêtres et de l’évêque, sa mère le suivit, et, trop âgée pour s’occuper des travaux de la maison, elle donnait tout son temps aux exercices de piété. Pendant la persécution de 1839, un de ses neveux vint l’engager à fuir le