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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/211

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s’en prirent à divers membres de sa famille qui furent torturés et perdirent presque tous leurs biens. André, ne pouvant supporter la pensée qu’il était cause de tous ces maux, finit par se livrer lui-même.

Vers la fin de la neuvième lune, on parvint aussi à mettre la main sur le catéchiste Augustin Pak I-sien-i. Augustin appartenait à une famille de la classe moyenne de la capitale. D’un caractère humble, doux et affable, il se faisait remarquer par ses talents et ses connaissances. Ayant, dès l’enfance, perdu son père, il vécut dans une extrême pauvreté, résigné à sa position, prenant grand soin de sa mère, et fidèle à tous ses devoirs de chrétien. Assez instruit de la religion et entièrement dévoué au salut des âmes, il se faisait un devoir d’enseigner et d’exhorter chrétiens et païens, et ne manquait pas de procurer le baptême aux enfants infidèles en danger de mort. Souvent il disait, en pensant à la croix de Jésus-Christ : « Puisque Notre Seigneur Jésus m’a aimé, moi misérable pécheur, il est juste que je l’aime aussi. Puisque Jésus a daigné souffrir et mourir pour moi, il est juste que, moi aussi, je souffre et je meure pour lui, » et le désir du martyre enflammait son âme. Apercevait-il parmi les chrétiens quelque vice, quelque désordre ou quelque faute grave, il s’efforçait doucement de faire revenir les coupables par des paroles affables. La peine qu’il ressentait de les voir en état de péché paraissait sur son visage, et il trouvait dans sa charité des exhortations si touchantes, que rarement on résistait à ses avis. Sa douceur était devenue proverbiale, et les chrétiens disaient en riant : « Quand donc verrons-nous Augustin en colère ? » Ne reculant devant aucun travail, il prenait toujours pour lui les tâches épineuses, laissant aux autres ce qu’il y avait de facile, et à l’époque où l’on faisait des préparatifs pour introduire les missionnaires en Corée, il se donna mille peines, voyageant jour et nuit, par quelque temps que ce fût, pour contribuer selon ses forces à cette grande œuvre. Sa vertu et ses talents l’eurent bientôt fait remarquer des missionnaires, et, pour obéir au vœu général, ils lui confièrent la charge de catéchiste de la capitale.

Augustin se montra, par son zèle, digne de cette haute et périlleuse fonction. Les païens eux-mêmes appréciaient son mérite. Aussi, dès la deuxième lune de 1839, il fut poursuivi et obligé de se cacher. Mais alors même il lui arrivait souvent de braver les dangers, pour aller voir de nuit ce qui se passait dans les prisons, communiquer avec les prisonniers, les consoler et affermir leur courage. C’est par lui que l’on a pu connaître beau-