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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/205

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représenta énergiquement, et à différentes reprises, que le coup porté au christianisme, quelque terrible qu’il fût, n’était nullement mortel, qu’il importait de ne pas laisser les choses à moitié faites, et que le seul moyen d’assurer le succès des mesures prises jusque-là était de sacrifier tous les chrétiens influents, capables de relever et de diriger leurs coreligionnaires. Alors seulement la secte se dissiperait d’elle-même ; autrement, dans quelques années ce serait à recommencer. Ce conseil était d’une habileté satanique, mais l’apostat oubliait ce qu’il avait jadis appris dans son catéchisme, que la religion chrétienne est établie et soutenue par Dieu lui-même. Les nouvelles mesures qu’il proposait furent adoptées, et nous verrons bientôt avec quel odieux succès.

Une intrigue de palais vint, à ce moment-là même, favoriser ses plans. Le ministre Ni Tsien-i, si grand ennemi de la religion et si ardent persécuteur, fut changé ; mais, comme le dit un proverbe coréen : en évitant un daim, les chrétiens rencontrèrent un tigre. En effet, il fut remplacé par T’sio In-ieng-i, oncle de la reine T’sio, homme féroce et rusé, qui acquit alors une triste célébrité par les cruautés qu’il commit et fit commettre contrôles chrétiens. C’est à cette époque, et probablement d’après ses ordres, que l’on commença à se défaire des confesseurs par la strangulation. Était-ce parce que le trésor royal ne pouvait plus suffire aux frais de tant d’exécutions publiques ? Était-ce plutôt parce qu’on craignait que le peuple ne finît par se lasser de voir couler le sang innocent ? Toujours est-il que, depuis, ce genre de supplice fut employé contre les chrétiens bien plus fréquemment qu’auparavant. Les premiers qui périrent ainsi furent Philippe T’soi et Pierre Niou.

Philippe T’soi Hei-teuk-i, fils de Tal-sam-i, était d’une honnête famille chrétienne de la capitale ; mais, privé de bonne heure de ses parents, n’ayant personne pour l’instruire et le diriger, il mena, bien des années, une vie scandaleuse et toute païenne. Il venait de se convertir, grâce aux charitables exhortations de quelques bons chrétiens, quand il fut arrêté, dans le commencement de la persécution. Il n’eut pas la force de supporter les tortures, et apostasia dès le second interrogatoire. Mais, de retour chez lui, tourmenté par les remords de sa conscience et pressé par la grâce, il ne pouvait ni manger ni dormir, et devint bientôt insupportable à lui-même. Ayant un jour rencontré des satellites, il leur dit en conversation qu’il était bien fâché de son apostasie ; ceux-ci n’oublièrent pas cette parole, et bientôt le firent saisir de nouveau. Le