Ouvrir le menu principal

Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/183

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ses propres yeux l’état des choses. M. Maubant essaya d’abord de l’en dissuader, puis n’y pouvant réussir, il lui adjoignit pour plus de sécurité, comme compagnon de route, son propre serviteur, Pierre Tseng, frère de François Tseng, mort à Macao. Les deux missionnaires ignoraient encore que leur premier pasteur, désolé de voir couler le sang de ses ouailles, témoin chaque jour des mesures qu’on ne cessait de prendre pour arrêter les étrangers, et convaincu que leur arrestation ferait cesser les désastres de la chrétienté, leur avait envoyé l’ordre de se livrer eux-mêmes.

Thomas et Pierre se mirent donc en route, et dès le premier jour, ils rencontrèrent le pauvre André T’sieng dont la trop grande bonhomie avait fait livrer l’évêque. Ils refusèrent d’abord de faire route avec lui, vu qu’il était trop connu des satellites ; mais celui-ci n’ayant que quelques lys à faire, insista tellement qu’on le laissa suivre. En passant près d’une auberge, il entra pour allumer sa pipe ; Thomas et Pierre marchèrent en avant, comme faisant route à part. Malheureusement quelques satellites se trouvaient dans l’auberge. Ils reconnurent André T’sieng et l’accostèrent aussitôt avec de grandes démonstrations de joie, disant que tout allait pour le mieux, que la liberté de religion serait certainement proclamée au moment même où les deux prêtres seraient rendus à la capitale. En même temps, présumant que les deux autres voyageurs pouvaient bien être des chrétiens, ils les rappelèrent pour les sonder ; mais ceux-ci firent si bonne contenance qu’on les laissa continuer leur route.

André T’sieng resta prisonnier, et il faut que les satellites aient bien connu sa stupidité pour essayer de le jouer encore ; mais ce qui est plus incroyable, c’est que pour la seconde fois il fut dupe de leurs mensonges, et eut la sottise d’indiquer que les deux voyageurs du matin, étant les serviteurs des prêtres, devaient certainement connaître leur demeure. Ravis de joie, les satellites se mirent en route avec André, pour atteindre Pierre et Thomas, à Koun-p’oun-nai, district de Kou-t’sien, dans la maison isolée d’une veuve chrétienne nommée Tsiou, chez qui ils devaient passer la nuit. Chemin faisant, les satellites ne parlèrent que de religion, s’informèrent des dispositions requises pour se préparer au baptême, et firent si bien leurs grimaces hypocrites qu’André, tressaillant de bonheur, croyait déjà voir les principaux personnages de la cour et le peuple coréen tout entier, convertis et prosternés aux pieds de nos autels.

Après la nuit tombée, ils arrivèrent ensemble à la maison ou se trouvaient les envoyés, qui essayèrent en vain de fuir. Les