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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/171

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« C’est au milieu de ces exhortations brûlantes de charité, que nos chrétiens arrivèrent à la capitale. La vue de ces héros, qui marchent au supplice comme à une fête, la vue de ces enfants serrant de leurs petits bras le cou de leur mère, provoquent les malédictions des païens, qui n’épargnent aux confesseurs ni les coups de bâton, ni les pierres, ni les injures. « scélérats ! ô impies ! » s’écrient-ils ; « comment osez-vous courir à la mort avec ces tendres enfants ? » Enfin les prisons s’ouvrirent devant ma famille, pour la soustraire à ces imprécations ; mais ce fut pour la jeter au milieu des voleurs, et la charger de lourdes chaînes.

« Dès le lendemain, François parut devant le tribunal, et fut appliqué à la torture. Comme le juge le pressait d’apostasier : « Malheureux, » répondit-il, « vous osez m’ordonner un parjure ! Si l’infidélité envers l’homme est un crime, que sera l’infidélité envers Dieu ? » À cette réponse, ses jambes et ses bras sont déchirés et broyés ; cent dix coups de rotin font voler ses chairs en lambeaux. Enfin, lorsque tout son corps est labouré de plaies et couvert de sang, on le rapporte à la prison. Quelques autres chrétiens comparurent à leur tour, et subirent d’affreux tourments ; à demi morts et n’ayant plus l’intelligence de leurs réponses, ils balbutièrent une formule d’apostasie dictée par les juges.

« La première question étant terminée, les juges et les satellites se rassemblèrent dans le prétoire, et firent venir François. « Voilà, » lui dirent-ils, « un livre de ta religion ; désireux de l’entendre, nous nous sommes réunis ici pour que tu nous lises quelques pages. » François accueillit avec bonheur cette proposition, et souriant de plaisir, comme s’il eût été invité à un festin splendide, ouvrit le livre et se mit à lire avec tant d’onction et d’effusion de cœur, que tous les auditeurs saisis d’admiration se levèrent spontanément, et louèrent la religion qui inspire une joie si libre et si pure au milieu des plus horribles tourments. Lorsque le confesseur eut fini, ma chère mère fut invitée à continuer la lecture. Comme elle le refusait, en prétextant son ignorance : « Comment se fait-il, » s’écrièrent les juges, « que la femme d’un si grand catéchiste ne sache pas lire ? »

L’apostasie des compagnons de François eut le plus fâcheux effet. Toute la troupe fut découragée, et le plus grand nombre de ceux qui n’avaient pas encore comparu, faiblirent même avant d’être mis à la torture. On assure que le juge ne leur adressa que des questions ambiguës, auxquelles ils firent des réponses équivoques ou insignifiantes, qu’on se hâta d’interpréter comme