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Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 2.djvu/164

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CHAPITRE II.

La persécution redouble de violence. — Arrestation des missionnaires. — Leur martyre.


Tandis que les chrétiens respiraient un peu, à la faveur de cette trêve passagère, Mgr Imbert, ne croyant plus sa présence nécessaire à la capitale, alla se réfugier en province, dans une cachette préparée pour lui par quelques généreux néophytes. Celui qui arrangea cette évasion fut André Son Kieng-sie, dont il sera souvent question dans la suite, et sur lequel nous allons donner ici quelques détails. André était d’une famille du peuple, à Hong-tsiou, dans la plaine du Nai-pò. Possesseur d’une belle fortune, et d’un caractère naturellement généreux, il entretenait des relations avec un grand nombre de païens, et venait libéralement au secours de toutes les infortunes. On vantait sa piété filiale, son affabilité. Pendant trente ans de mariage, il n’eut jamais avec sa femme la moindre querelle. Sa maison, malgré le grand nombre d’enfants et de domestiques, avait toujours un air de paix, de calme et de bonne harmonie, qui frappait toutes ses connaissances. Très-entendu dans les affaires, il se chargeait volontiers non-seulement de celles de ses parents et amis, mais aussi de celles de la chrétienté. Dès le temps du P. Pacifique, il rendit plusieurs fois de grands services à la mission, sans jamais s’inquiéter du danger qu’il pouvait courir. En 1838, il fut arrêté avec plusieurs personnes de sa famille, par le mandarin de son propre canton ; mais, voyant que celui-ci cherchait surtout de l’argent, il s’imagina faire une bonne œuvre en apostasiant de bouche, et racheta par une forte rançon sa liberté et celle de ceux qui avaient été saisis avec lui. Revenu dans sa maison, il reconnut sa faute et, pour l’expier, il conçut, au moment où la persécution de 1839 éclata, le projet de préparer à ses frais une retraite sûre pour l’évêque.

Après de longues recherches, il découvrit un lieu admirablement situé, et en fit de suite l’acquisition. Ce petit village, appelé Siang-koi, district de Siou-aien, se trouve à l’extrémité d’une langue de terre qui s’avance assez loin dans la mer. Les maisons ne pouvaient être aperçues des bateaux qui longeaient le rivage. Du côté de la terre, une vallée seulement y aboutissait, mais tellement éloignée de tout autre lieu habité, que l’on ne pouvait, pour ainsi dire, avoir par là aucune communication avec l’intérieur du